ARCS
Fabrication des arcs ''Primitifs''
Gery BONJEAN & Emmanuel MARTIN

LES ARCS RENFORCES

La colle

A l’ère de l’apologie du tout synthétique, de la disparition du travail au profit de la mécanisation assistée, dans cette époque de règne marketing où un produit toujours plus « nouveau » en remplace un autre un peu moins « nouveau », les savoir-faire disparaissent peu à peu. Ces connaissances s’évanouissent, et nous devenons de moins en moins autonomes. Par exemple, jusqu’à une époque récente, tout paysan possédait une forge dans laquelle il savait fabriquer ses propres outils, tremper ses burins, fabriquer un fer à cheval, ou bien savait comment utiliser de la poudre de sabot pour cémenter une lame.

Le produit dont je vous propose d’aborder ici la fabrication est la colle, plus particulièrement, la fabrication d’une des colles les plus résistantes qui ait été utilisée jusqu’à l’avènement des colles synthétiques : la colle de tendon, de peau ou plus généralement, la colle à base de collagène, un produit que l’on pourrait étiqueter de « très ancien » celui-là.

Les performances mécaniques de cette colle sont à peu près équivalentes à celles d’une colle époxy vendue aujourd’hui dans toute surface de bricolage. Mais, autant l’avouer tout de suite, la colle à base de collagène présente un défaut majeur : elle est soluble dans l’eau. Tout objet collé avec cette colle, soumis à un climat humide ou pluvieux se fragilisera très vite. Même recouvert d’une protection, comme le vernis par exemple, il ne résistera pas à l’exposition prolongée sous une pluie battante. Personnellement, je n’emmène jamais à la chasse un arc pour lequel j’ai utilisé de la colle à base de collagène, lorsque le temps est menaçant ou lorsque le stade des menaces est dépassé (et je sais de quoi je parle, parole de normand !).

Pourtant, cette colle est l’élément indispensable à la pose de tendon sur le dos d’un arc. Je n’ai pas trouvé de remplaçant, les colles modernes ne se mariant pas avec le tendon. De plus, tendons et colle sont comme Castor et Pollux, indissociables.

Le collagène est une protéine complexe qui forme la substance de base à l’architecture de toute cellule animale. Cette substance est donc très répandue dans la nature. Elle existe en forte concentration dans certains tissus, comme le tendon, la peau, les os. Ainsi tous ces tissus peuvent être utilisés pour fabriquer de la colle. Certains sont plus disponibles que d’autres, ou bien plus faciles à utiliser pour extraire le collagène.

Cette colle était connue de la plupart des indiens d’Amérique du Nord dans la fabrication de leurs arcs, comme les Hupa, les Wintu, les Chinook pour les tribus de la Côte Ouest, ou les Blackfoot, les Snake, les Crow, les Nez Percé ou les Sioux, pour les tribus des plaines et des contreforts des Rocheuses. Mais les peuples qui en ont fait un emploi des plus raffiné en matière d’archerie, sont les peuples du Moyen-Orient et d’Asie avec les arcs composites. Courts, avec des courbures exacerbées, constitués de bois, de cornes et de tendons, les arcs composites utilisaient la colle la plus résistante que l’on pouvait fabriquer à cette époque : la colle à base de vessie natatoire de poisson.

Fabrication de la colle de tendons

Fabriquer de la colle à partir de tendon est relativement simple. Il suffit de réunir du tendon, de l’eau, une gamelle, un foyer et du temps.

Le tendon à utiliser peut être récupéré de la même manière que celle décrite dans le chapitre sur le backing. Les tendons séchés doivent être battus à l’aide d’un marteau, puis séparés en minces fils. On conservera les morceaux les plus longs pour le backing et on utilisera les plus courts pour réaliser la colle. Après avoir réuni plusieurs pelotes de fils de tendons, les mettre dans le fond d’une gamelle et les recouvrir d’eau. Laissez-les tremper pendant 2 jours. Ensuite, mettre le tout à chauffer sur le feu pendant 24 heures. Mais attention, pour réussir votre colle, vous ne devrez jamais porter l’eau, et ensuite la colle, à une température supérieure à 80°C. Passé cette température, les cellules des tendons vont être irrémédiablement détruites. Dans le meilleur des cas, vous obtiendrez une colle de faible résistance, dans le pire, vous serez bon pour aller à la pêche au tendon complètement ratatiné, épais et flasque. Par ailleurs, en ne dépassant pas cette température, votre mixture peut mijoter tranquillement et réduire très lentement, sans jamais avoir besoin d’ajouter de l’eau. Par ailleurs, il faut savoir que plus on chauffe une colle en préparation (intensité ou durée), moins elle sera forte (ceci est également vrai lorsqu’on utilise la colle).

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Pelote de tendon : les tendons les plus courts et certains morceaux durs ne pourront pas être utiles pour le backing. Ils peuvent alors servir de matière première pour la fabrication de la colle.

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Remuez de temps en temps. Et prévenez votre femme. De la diplomatie s’impose. En effet une odeur désagréable va se répandre dans toute la maison pendant ces 24 heures. Expliquez-lui que vous êtes en train de réveiller le primitif qui est en vous et que cette expérience est unique. Tout le monde ne redevient-il pas primitif un jour ?

Au bout d’une douzaine d’heures, vous pouvez réaliser un premier écumage. Augmentez un peu la température pendant 10 minutes afin de laisser remonter toutes les impuretés à la surface. Le liquide est à présent un sirop assez fluide. Retirez toutes les graisses qui surnagent. Puis versez le liquide qui se trouve en surface dans une assiette creuse. Vous venez d’obtenir votre première colle.

Laissez le reste mijoter pendant encore 12 heures. Au bout de ces 12 heures, et après avoir retirer les éventuelles impuretés, versez tout le liquide dans autant d’assiettes creuse qu’il sera nécessaire après l’avoir fait passer à travers un vieux T-shirt. Laissez refroidir pendant quelques heures. Puis coupez des cubes dans cette gélatine en formation. Au bout de quelques jours, l’eau se sera complètement évaporée et vous obtiendrez des cubes très durs. Pour les conserver, enfermez-les dans un bocal étanche.

On peut réaliser la même colle avec de la peau de lapin, de la peau de poisson ou des vessies natatoires de poisson. Le procédé est le même. J’ai également tenté d’en fabriquer avec de la peau de pied de bœuf, mais les morceaux étant trop épais, ils ne se sont pas désintégrés et la colle ne s’est pas formée.

Pour utiliser la colle, recouvrir la quantité de cubes dont vous avez besoin avec de l’eau. Laissez gonfler pendant quelques heures, chauffez-la au bain-marie. La température idéale d’utilisation se situe entre 40 et 60°C. Il vous faudra maintenir cette température pendant  l’application de la colle, l’idéal étant même de chauffer (à l’aide d’un sèche-cheveux par exemple) les pièces à encoller à la même température que la colle. Les surfaces devront être propres et dégraissées avec de l’acétone. Laissez sécher pendant au moins une semaine.

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 Cubes de colle : après quelques jours de séchage, les cubes de colle sont aussi durs que de la pierre. Pour les utiliser, les couvrir par un peu d’eau et laisser gonfler. Pour le collage, portez la colle a une température de 40 à 60 °C.

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Lorsque vous collez des tendons, la température d’utilisation devrait être de 40°C. Au-delà, vous risquez d’endommager les tendons. Il arrive d’avoir besoin d’une petite quantité de colle, pour laquelle il est fastidieux d’attendre que le bain-marie ait fait son effet. Dans ce cas, j’utilise le four micro-onde, que je laisse tourner seulement une dizaine de secondes.

Si vous n’avez pas réussi votre alchimie, ou si vous avez un besoin urgent de colle, vous pourrez toujours vous rendre dans une droguerie spécialisée. Vous y trouverez de la colle de peau de lapin pour quelques dizaines de francs les 100 g. Mais je suis persuadé que vous ne resterez pas sur un échec…

Backing

Un longbow de 70 pouces, d’une puissance de 60 livres est une arme des plus précise et silencieuse qui soit. En outre, elle reste assez simple dans sa construction et ne demande pas trop de temps. Pourtant, lorsque l’on regarde les arcs utilisés à travers le globe, le longbow n’est pas universellement répandu. En fait, on s’aperçoit qu’il existe des liens très étroits entre le milieu naturel, l’emploi et le type d’arc utilisé. Par exemple, les Wayanas de Guyane se servent de longbow fabriqués à partir d’un géant de la forêt qu’ils nomment Païla. L’armement se fait sur cinquante centimètres et ces arcs d’une puissance de trente cinq à quarante livres à cette allonge sont capables de faire voler des flèches de près de deux mètres à des distances considérables. J’ai quelque peu réfléchi sur les raisons qui ont conduit ces indiens, arrivés il y a des milliers d’années en Amazonie, à adopter ce type d’arc, sans band, avec des flèches aussi longues. J’ai également interrogé des facteurs d’arc américains et français. Je pense, en définitive, que deux éléments sont déterminants. Tout d’abord, la densité végétale de la forêt, a pu amener ces hommes à allonger leurs flèches, afin de les retrouver plus facilement après le tir. Parallèlement, dans cette atmosphère si humide, les matériaux qu’ils ont trouvés pour fabriquer leurs arcs prendraient probablement beaucoup de corde s’ils étaient bandés comme nos arcs. Ainsi ils perdraient très vite leur élasticité. De plus, un band réduit à néant et une longue flèche, se marient parfaitement pour éluder un des principaux soucis de notre archerie : le paradoxe. Il n’existe pratiquement pas.

Ce type de longbow se retrouve dans toute l’Amérique amazonienne. Dans les zones géographiques à l’écologique comparable, c’est à dire en Afrique équatoriale, en Océanie et Papouasie - Nouvelle Guinée, on retrouve un profil d’arc similaire. Pourtant aucune communication n’a eu lieu entre ces peuples qui ont conquis ces zones à des époques très différentes. Seuls les peuples des îles Andaman du Golfe du Bengale construisent des flatbow aux branches asymétriques, larges et minces près de la poignée et fines et épaisses aux extrémités.

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Anaïmin, Indien wayana de Guyane, essaie le dernier longbow qu’il vient de terminer à mon attention. Cet arc est fait d’un morceau brut dans lequel Anaïmin n’a pas strictement suivi les cernes du bois. Pourtant, le dos n’est pas renforcé. Le band est réduit à néant et les flèches mesurent près de 2 mètres.

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M’Be, Pygmée Baka du sud-est Cameroun, vient de flécher une petite vipère venue troubler la quiétude de notre camp, avec un arc des plus simple.

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A contrario, dès que le milieu naturel devient désertique, le profil des arcs change complètement. Dans un milieu désertique et froid comme le Groenland par exemple, les arbres faisaient complètement défaut. Les Inuits de la région de Thulé employaient des arcs pour la chasse à la fin du XIXème siècle. Ils durent utiliser les seuls matériaux suffisamment longs et flexibles dont ils disposaient : des côtes de rennes (ou de baleines échouées). Pour lier ces morceaux épars, ils employaient des tendons de narval. Ils fixèrent également une corde de tendon tout le long du dos de l’arc afin de donner plus de puissance à leurs arcs. Enfin ils adoptèrent un profil avec des courbures.

En Californie du Nord, Ishi le dernier des Yahi utilisait un arc relativement court (40 pouces) entièrement reflex et recouvert de tendons. La raison du choix d’un tel arc provient probablement de l’absence de morceau de bois suffisamment long dans l’essence qu’il destinait à la construction d’un arc : le genévrier. Par ailleurs, il ne souhaitait pas atteindre une puissance supérieure à 40 livres, cette puissance étant adaptée à son mode de chasse et au gibier convoité.

On voit bien à travers ces exemples que le choix d’un profil d’arc et de sa construction dépendent fondamentalement du milieu naturel et de la destination de l’arc. C’est pourquoi, la décision de recouvrir le dos de l’arc avec des tendons ou avec tout autre matériau obéit à des nécessités et n’est pas un simple moyen artificiel  d’augmenter la puissance d’un arc.

Prenons le longbow de 70 pouces et de 60 livres de puissance, recouvrons-le de tendon, et l’arc perdra une partie de sa vitesse. En effet, le tendon et la colle sont 2 fois plus lourds que le bois. L’addition de tendon sur un arc d’une telle longueur ralentira la vitesse des branches, sans augmenter leur stress.

Mais, pour être durables, voire concevables, certains arcs courts ou très stressés doivent avoir un dos renforcé (appelé « backing » en anglais). Le matériau roi en la matière est le tendon, accompagné de colle naturelle (de tendon ou de toute autre matière contenant une quantité importante de collagène). La pose de tendon permet à l’extrémité des arcs à courbures de jouer leur rôle de levier sans se détendre, et au reste des branches de résister à la violente compression et extension qu’ils subissent. L’épaisseur de tendon ainsi posée modifie le plan de compression du bois et assure ainsi la majorité du travail des branches. Par ailleurs, il maintient les éventuels éclats de bois qui pourraient apparaître sur le dos de l’arc. L’application de tendon peut également être réalisée pour augmenter la puissance d’un arc ou réparer un arc brisé. Techniquement, il est dix fois plus élastique que le bois et peut donc stocker plus d’énergie par unité de poids. De plus, il rétrécit de 4 % en séchant, c’est pourquoi il est préconisé pour diminuer le suivi de corde.

Mais, le désavantage du tendon est que la colle qui sert à le fixer est soluble dans l’eau. Par conséquent, tout backing est vulnérable dans des climats humides ou lors d’une exposition prolongée à la pluie. Ceci peut alors réduire considérablement les performances de l’arc, voire le conduire à la casse. De plus, la préparation et l’application de tendons demandent une charge de travail importante très consommatrice de temps.

Quels tendons doit-on employer ?

On trouve des tendons chez tous les mammifères qui nous entourent. Afin de se faciliter le travail, on recherchera des tendons assez longs. Plus ils seront longs, plus les fibres obtenues permettront de couvrir de grandes surfaces, ce qui minimisera le temps de pose des tendons. L’idéal est d’utiliser des tendons de pattes de cervidés. On en trouve également dans les pieds de bœuf. Ils sont de bonne taille et relativement épais. Certains prétendent que les tendons de cervidés sont de meilleure qualité que les tendons issus d’animaux domestiques. Personnellement, je n’ai pas noté de différence et j’emploie indistinctement des tendons des deux origines, même si les tendons de cervidés sont plus traditionnels. On peut se procurer des pattes de cervidés dans des élevages ou des grossistes en gibiers. Les pieds de bœufs se trouvent dans n’importe quel abattoir (même si ces derniers tendent à disparaître).

Les cervidés peuvent également fournir de larges bandes de tendons que l’on trouve sur leur dos, à l’endroit où prennent naissance les filets.

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Tendons vus par Emmanuel Martin…

Extraire le tendon à l’aide d’un couteau bien aiguisé en ayant surtout soin de ne pas entailler les fibres. Les mettre à sécher à l’ombre dans un lieu aéré. Cet endroit devra être isolé des animaux comme les chats, les chiens et les souris qui sont de grands amateurs de cette friandise. A tel point que lorsque je manipule des tendons ou de la colle, mon chien ne me lâche pas d’une semelle pour profiter de toute maladresse de ma part. Au bout de quelques jours, les tendons qui étaient, mous, opaques et de couleur blanche au départ, deviennent durs, translucides et couleur de miel.

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Cette photo montre un tendon extrait d’une patte de chevreuil.

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Celle-ci présente un tendon de pied de bœuf. Ce dernier contient beaucoup plus de fibres et est un peu plus facile à éclater.

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Pour préparer des tendons destinés à servir de backing, il faut tout d’abord éclater ces tendons afin d’en séparer les fibres. L’idéal est de les battre à l’aide d’un marteau sur une enclume en prenant garde de frapper bien à plat afin que le marteau n’endommage pas les fibres. Il faut ensuite séparer ces fibres en fils de plus en plus minces. De cette manière, vous allez obtenir des fibres de longueurs inégales. Plus les fils seront minces, plus la finition du backing sera douce. Faîtes des paquets en réunissant les morceaux de même taille (par 6 ou 8). Ceci permet de les classer et de pouvoir ensuite choisir les fils les plus appropriés au moment de leur application sur le dos de l’arc. Pour conserver les paquets sans les mélanger, on peut les placer entre les pages d’un magasine.

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Lorsque le tendon est éclaté, il perd sa couleur ocre et translucide pour devenir blanc. Les fibres se matérialisent peu à peu.

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Les fibres sont groupées par longueur et réunis par 6 ou 8.

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Pose des tendons

La préparation du dos de l’arc joue un rôle important dans la réussite du backing. Il doit être propre, poncé et dégraissé avec de l’acétone. Certains archers, violentent volontairement le dos à l’aide d’une scie à métaux posée à champs, ou d’une râpe afin de créer une surface plus adhérente entre la colle et les tendons (Attention à ne pas trop affaiblir le dos de l’arc en abîmant le dernier cerne de bois).  La colle sera chauffée à une température de 40 à 50°C, la température idéale pour l’application se situant autour de 40°C. Pendant toute la durée d’utilisation, il faudra la maintenir à cette température grâce à un bain-marie alimenté par un réchaud. Commencez par enduire le dos de l’arc avec une bonne couche de colle. La colle va ainsi colmater les pores du bois qui va l’absorber rapidement. Laisser sécher 24 heures.

Les premiers tendons devront être disposer le long de l’axe central de l’arc, en commençant depuis la poignée et en allant vers l’extrémité des branches. Prenez un paquet de tendons d’assez bonne longueur et plongez-les dans la colle. Aidez-vous d’un petit bâtonnet, car les fibres ont toujours tendance à adhérer à la paroi du pot de colle. Laissez-les macérer pendant 10 à 15 secondes afin qu’ils s’en imprègnent. Lorsque vous les aurez sortis, débarrassez-les de l’excès de colle en les passant entre vos doigts et appliquez les sur le dos de l’arc. Il est important à ce moment qu’ils ne se soient pas mélangés et que les fibres restent parallèles.

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Application du tendon : le premier paquet de tendon est posé au niveau de la poignée et forme le premier maillon de la première bande. La seconde bande est disposée de façon à ce que le milieu des tendons se trouve face à l’extrémité des tendons de la première bande.

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Ceci maximise l’efficacité du tendon et permet de couvrir une surface plus large. Pour éviter cela, on peut passer une petite palette ou plus simplement ses doigts sur les tendons, ce qui permet de les disposer correctement en les étalant le plus possible. Le paquet de tendon suivant sera apposé à la suite du premier, sans le chevaucher. Et ainsi de suite jusqu’à former une large bande sur l’axe central de l’arc. La seconde bande de tendon sera appliquée de la même façon, le long de la première, mais en décalant les paquets de tendon de manière à ce que l’extrémité des tendons de la seconde bande soit en face du milieu des tendons de la première, comme pour un mur de briques. Les bords de l’arc peuvent être recouverts par quelques millimètres de tendon qui seront retirés une fois secs à l’aide d’une lime. Ceci évite de laisser des espaces sans tendon le long des bordures. De temps à autre, il n’est pas inutile de se passer les mains à l’eau afin de se débarrasser de l’excès de colle qui y adhère volontiers.

Une fois toute la surface du dos de l’arc recouverte, on peut procéder à la seconde couche en décalant les paquets de tendon de manière à réaliser une sorte de treillage. Combien de couches faut-il appliquer ? Cela dépend en réalité du profil de l’arc que vous avez adopté. Deux couches peuvent être suffisantes pour un longbow mi-long. Par contre, pour les designs un peu plus osés, comme les recurves par exemple, 3 à 4 couches seront nécessaires. Rappelez-vous que le tendon et la colle sont deux fois plus lourds que le bois et qu’il vous faudra choisir entre robustesse et vitesse des branches.

Après avoir appliqué la dernière épaisseur de tendon, badigeonnez le dos de l’arc avec une bonne couche de colle, ce qui vous permettra d’obtenir une surface plus lisse.

Laissez sécher à l’ombre, dans un endroit aéré pendant quelques jours. Une fois que la colle a bien durci, on peut exposer l’arc au soleil afin d’accélérer l’évaporation de l’eau. Le temps de séchage dépend largement des conditions atmosphériques. Une quinzaine de jours est conseillée. Mais ce temps peut être considérablement plus long. Certains facteurs d’arc asiatiques n’hésitaient pas à laisser sécher leurs arcs pendant plus d’une année.

Lorsque le backing est sec, poncez-le de la même manière que le bois et limez les excès de tendons sur les bordures. Vous pouvez maintenant terminer le tillering de votre arc.

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L’arc terminé : détail d’un longbow en if dont le dos a été recouvert avec du tendon.

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L’enduit de protection choisi pour l’arc pourra être utilisé pour le backing. J’obtiens une protection relativement efficace en appliquant une dizaine de couches de vernis. Par la suite, j’expose de temps à autre mon arc au soleil, afin d’en extraire l’éventuelle humidité qui aurait pu s’y incruster pendant son utilisation.

Autres backings

On peut réaliser des backings avec d’autres matériaux. Personnellement, j’en ai réalisé en lin et en écorce de merisier. Aucune particularité n’accompagne la pose de lin. Il faut le choisir relativement fin pour améliorer son efficacité et l’aspect esthétique. L’écorce de merisier est un matériau résistant (quoique moins solide que le tendon), à tel point que lorsque que vous fendez une bûche de merisier, il vous est nécessaire de découper l’écorce au couteau pour arriver à vos fins. On peut également utiliser l’écorce de bouleau nordique, écorce avec laquelle l’ensemble des peuples de Sibérie fabriquaient la plupart de leur vaisselle et de leurs sacs. L’écorce s’applique plus rapidement que le tendon et est plus légère. Elle sera récoltée sur un arbre vert en découpant de larges bandes autour du tronc. Ces bandes seront mises à sécher en étant maintenues bien à plat afin qu’elles ne roulent pas sur elles-mêmes. Pour l’application, j’ai utilisé de la colle de tendon et j’ai enroulé en anneaux très serrés un cordage tout autour de l’arc afin de maintenir l’écorce en contact avec le dos de l’arc.

D’autres matériaux peuvent être employés. La peau de poisson est un matériau que je trouve formidable. J’ai ramené de Yakoutie un couteau dont l’étui est recouvert d’une peau de truite épaisse et très résistante. Je suis à la recherche d’une recette pour son tannage.

Il est également possible d’utiliser du cuir, et bien sûr du bois, mais je ne les ai jamais employés. Enfin, la pose d’une peau de serpent peut être une finition très esthétique qui protégera admirablement de l’humidité.

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Autre backing : arc recouvert avec du lin.

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Autre backing : arc recouvert avec de l’écorce de merisier.

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L’arc à courbure

Si l’arc simple a été inventé à une époque que l’on situe entre 50 000 et 15 000 ans avant notre ère, la première description connue de l’arc à courbure apparaît sur le fourreau d’une épée retrouvée dans une tombe Scythe, datant du 7ème ou 8ème siècle. Dans des formes parfois élémentaires, ce design semble avoir été utilisé depuis très longtemps par un grand nombre de tribus d’Amérindiens du Nord, tels que les Chinooks, Kwakuilts, Nootkas, Wintus, Hupas, Klamaths, Modocs, Karoks, par certains Cheyennes et par les Inuits. Mais les maîtres en la matière furent sans conteste les facteurs d’arc du moyen et de l’extrême orient. L’arc sino-mongol ou arc turc dérive probablement des arcs égyptiens et assyriens. A partir de ces arcs composés de bois, de corne et de tendons, les facteurs d’arc orientaux conçurent un arc à double réflexe, aux extrémités rigides, et dont les matériaux étaient assemblés à l’aide de colle de poisson et de fils de soie. Ce modèle, avec ses variantes tant dans sa forme que dans sa composition, fut adopté au rythme des conquêtes par les Perses, les Hindous, les Mongols, les Chinois, les Coréens, les Parthes, les Scythes, les Huns et tous les peuples du Moyen-Orient. Il fut l’un des instruments majeurs de la domination des peuples des steppes qui défilèrent sur le sol européen et il traîne derrière lui une longue histoire sanguinaire.

La construction d’un arc à courbure va vous demander beaucoup de temps, de persévérance et une bonne dose d’humour. Il faudra continuer à sourire lorsque pendant l’étape du courbage, la branche s’échappera irrémédiablement de la pression des serre-joints, il faudra continuer de manier la plaisanterie lorsqu’au premier armement,  vous verrez vos branches se tourner sur elles-mêmes,… Rester patient et méticuleux est la clé du succès. Débarrassons-nous tout de suite des problèmes de vocabulaire. Arc à courbure, à double courbure, à contre courbure, reflex, recurve,... . Certains termes correspondent à différents types d’arcs mais sont souvent employés pour designer le même profil. D’autres sont des anglicismes sans équivalent français.

L’arc setback

C’est un arc dont les branches ont été courbées près de la poignée juste après leur naissance. De ce fait, lorsque l’arc est bandé, la poignée est plus proche de la corde que sur un arc droit. Ce profil est très ancien et on en retrouve les traces grâce à des peintures du mésolithique sur les parois des grottes de Caballos et de l’Alpera en Espagne. Il était largement répandu parmi les Indiens des plaines de l’Amérique du Nord. La courbure près des branches augmente la vitesse de la flèche. Par ailleurs, il est plus facile à réaliser qu’un recurve. Il faut simplement veiller à bien faire courber les branches près de la poignée et le moins possible vers les extrémités, sinon l’angle de corde augmente et l’énergie emmagasinée diminue. Ils doivent être assez grands et fabriqués de façon à ce que les branches courbent le moins possible près des poupées. Il est conseillé de renforcer le dos de l’arc avec du tendon à l’endroit où le bois a été courbé, c’est à dire près de la poignée.

L’arc reflex

Les arcs reflex sont courbés sur l’ensemble de leur longueur. Pour cela on recherche des bois naturellement courbés (plus efficaces que les bois chauffés à la vapeur). Lorsqu’il est entièrement recouvert  de tendon, c’est l’arc d’Ishi.

L’arc à faible courbure

Dans ce design, de légères courbures sont réalisées à l’extrémité des branches. Celles-ci sont gardées suffisamment épaisses pour ne pas courber. Ce type d’arc n’est efficace que s’il est court. Autrement, les courbures apportées sont sans effet face à l’excès de poids entraîné par l’épaisseur volontairement conservée pour maintenir la courbure pendant l’armement.

Les principaux profils d’arcs à courbure : l’arc setback (a) ; l’arc reflex (b) ; l’arc à faible courbure (c) ; l’arc reflex à faible courbure (d) ; l’arc à courbure (e) ; l’arc reflex-deflex (f) ; l’arc setback à courbure (g).

 

L’arc reflex à faible courbure

Comme son nom l’indique, c’est une combinaison des deux profils décrits ci-dessus. A un arc reflex, on ajoute une légère courbure aux extrémités. Cet arc est deux fois plus performant que les précédents. C’est l’arc des indiens américains du Nord de la côte du Pacifique. Il pouvait être très court (40 pouces). Ainsi, des matériaux très résistants étaient employés, avec des branches larges de plusieurs pouces entièrement couvertes de tendons.

L’arc à courbure

(ou recurve)

Comparé à l’arc à faible courbure, l’arc dont il est question ici se voit infliger de sévères courbures entre 60 et 90° par rapport au plan des branches. De plus, lorsque l’arc est bandé, l’extrémité des branches est en contact avec la corde. Ce point de contact doit occuper une bonne partie de la longueur des branches pour réellement augmenter l’énergie stockée. Deux types d’arc à courbure existent. Le premier est un arc dont les courbures travaillent et se détendent à plein armement. L’autre type est un arc dont les courbures restent fermes (statiques) et permettent de garder un angle de corde faible.

Dans une plus forte mesure, ce design a donné naissance aux arcs sino-mongols et turcs dont certaines versions ont des branches complètement enroulées sur elles-mêmes lorsque l’arc n’est pas bandé. Ces arcs sont souvent courts (entre 40 à 60 pouces) et sont constitués de matériaux très élastiques, enduits de tendons et renforcés avec de la corne. C’est pourquoi on les appelle « arcs composites ». Ils demandent un travail considérable et une grande dextérité de la part du facteur d’arc pour maîtriser l’ensemble de ces matériaux.

L’arc turc.  Des branches très recourbées constituées de corne, de tendon et de bois, liés par de la colle de poisson, firent de cet arc un des principaux instruments de la domination turque sur l’Europe à partir du XVème siècle. Très court et d’une puissance considérable, cet arc détient toujours un record vieux de 200 ans, lorsque Sellim III envoya une flèche à près de 900 mètres.

 

 

 

Ces arcs étaient très puissants, entre 80 et 100 livres et nécessitaient un entraînement considérable pour arriver à les manier correctement. Ce profil d’arc détient toujours un record vieux de 200 ans pour la distance parcourue par une flèche : près de 900 mètres. Si ce record a été battu par un arc à poulie, il n’a jamais été égalé par un arc traditionnel.

L’arc à double courbure

(ou contre courbure) ou reflex/deflex

A l’arc à courbure décrit ci-dessus, on ajoute un deflex aux branches près des poignées. C’est à dire, que l’on procède tout d’abord au courbage de la branche près de la poignée en direction de l’archer (courbure convexe), puis on réalise une courbure à l’opposée beaucoup plus prononcée (courbure concave). C’est le design le plus efficace (en dehors des arcs composites) qui réunit un armement doux et une grande vitesse de flèche. Le deflex rend moins dure la tension dans les premiers pouces d’armement, et la traction de la corde est plus facile.

L’arc setback à courbure

C’est l’arc des Scythes, des Tatars, dont il a existé de nombreuses variantes au cours de l’histoire du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale. C’est également l’arc coréen. Comme l’arc turc, il est constitué d’un assemblage de bois, de tendon et de corne, enduit avec de la colle de vessie natatoire de poisson. Il présente les mêmes caractéristiques que l’arc turc.

Sans commentaire.

Mécanique des arcs à courbure

Avantages et inconvénients

L’arc que je vous propose de réaliser ici est un arc à courbure, dont les courbures restent fermes lors de l’armement. A partir de ce modèle, vous pourrez réaliser tous les autres types d’arc, setback, reflex, deflex/reflex… Mais avant d’aborder la partie opérationnelle, il paraît indispensable de comprendre la mécanique des arcs à courbure. En effet, afin de faire les bons choix selon le bois dont on dispose, de trouver le bon dosage entre la longueur des branches, leur poids, le degré de la courbure et la longueur de cette courbure, il convient de comprendre la mécanique des arcs à courbure.

La courbure de l’extrémité des branches a pu être adoptée dans un premier temps dans le but d’éviter que la corde ne glisse hors des coches, les performances acquises ayant été constatées par la suite. Ces avantages sont considérables. Le premier et le plus évident est un gain de vitesse.

En moyenne un arc à courbure envoie une flèche à la même vitesse qu’un arc droit de puissance 20 à 30 % plus élevée. La raison en est que l’énergie stockée est plus importante dans un recurve. En effet, l’arc à courbure est dur à armer dès les premiers pouces de l’armement. Arrivé à la moitié de l’armement, au moment où la tension devrait augmenter de façon intolérable, les courbures prennent le relais et jouent leurs rôles de leviers. Ce sont elles et leur tillering qui emmagasinent la puissance en restant le plus courbé possible. Ce sont elles qui reculent à l’armement, pendant que le reste des branches recule peu. La portion des branches en contact avec la corde n’est pas soumise à une tension avant de jouer le rôle de cames. L’énergie réside surtout dans la résistance des courbures. C’est cette énergie potentielle qui donne toute la rapidité à la flèche. Elle est directement proportionnelle au stress infligé aux branches par la courbure. Ainsi, plus l’angle de la courbure est important, et/ou plus le pourcentage de longueur de branche en contact avec la corde est grand, plus l’arc stockera d’énergie. De plus, l’angle que forme la corde avec la branche reste faible à pleine allonge en comparaison d’un flatbow. On estime que pour que des courbures soient efficaces, elles doivent occuper au minimum 15 % de la longueur de chaque branche quand l’arc est bandé et être d’un angle d’au moins 60° au final.

Recurve et longbow : l’énergie emmagasinée est plus importante avec un recurve qu’avec un longbow. C’est cette énergie potentielle qui donne toute la rapidité à la flèche. Elle est directement proportionnelle au stress infligé aux branches par la courbure. Dès les premiers pouces, l’arc est plus dur à armer. Arrivé à moitié de l’armement, au moment où la tension devrait augmenter de façon intolérable, les courbures prennent le relais et jouent leur rôle de leviers.

 

 

Pour être durable, voire concevable, un arc à courbure doit avoir un dos renforcé (appelé « backing » en anglais). Le matériau roi en la matière est le tendon, accompagné de colle naturelle (de tendon ou de toute autre matière contenant une quantité importante de collagène). Les principales caractéristiques du tendon sont les suivantes : le tendon est dix fois plus élastique que le bois, mais pèse deux fois plus lourd que lui. Il peut donc stocker plus d’énergie par unité de poids. Le tendon rétrécit de 4 % en séchant.

La pose de tendon a pour premier objectif de solidifier les courbures. Sans lui, à pleine allonge, les courbures disparaîtraient ou bien exploseraient. Il solidifie également le reste des branches qui subissent une violente compression et extension. L’épaisseur de tendon ainsi posé modifie le plan de compression du bois et assure  la majorité du travail des branches. Par ailleurs, il maintient les éventuels éclats de bois qui pourraient apparaître sur le dos de l’arc.

Mais, le désavantage du tendon (et de la colle) est qu’il est deux fois plus lourd que le bois (comme la corne d’ailleurs). Ainsi, les arcs fabriqués à base de tendons (et de cornes) doivent être courts, sinon la masse des branches ralentie leur vitesse, et donc celle de la flèche. On considère que pour les arcs de longueur supérieure à 64 pouces, le backing devient un désavantage.

Il en va de même pour les courbures. Si l’arc est trop long, il y a très peu d’avantage à recourber les branches. En effet, les branches soumises à une grande tension vont suivre la corde et diminuer d’autant le gain de vitesse. La seule solution pour l’éviter serait d’appliquer du tendon, ce qui alourdirait l’arc…

Les courbures sont réellement efficaces sur des arcs courts, au dos renforcé de tendons (il existe d’autres matériaux), avec des branches larges et des matériaux élastiques.

Parmi les différents types d’arcs à courbures décrits ci-dessus, on peut faire les remarques suivantes : les recurves dont les courbures restent fermes à pleine allonge sont plus efficaces que ceux dont les courbures se déplient parce que l’angle de corde lors de l’armement est moins important.

L’arc deflex/reflex (à double courbure) est sans doute le profil le plus efficace. Étant soumis à un stress relatif lorsqu’il est bandé, ce design autorise une puissance faible lors des premiers pouces d’armement. On peut alors utiliser des branches plus épaisses dont la puissance est contrebalancée par les courbures. Les branches effectuent alors moins de travail. Grâce à un parcours de faible ampleur, elles ne sont pas beaucoup plus stressées à plein armement. Ceci permet au bois de stocker plus d’énergie et d’en transmettre davantage à la flèche.

Les autres avantages de l’arc à courbure sont les suivants : ils ont une décoche plus douce (choc moins important) que les longbows. Ceci peut être attribué à un mouvement des branches plus vertical, et également au fait qu’ils sont plus courts, donc moins lourds. Par ailleurs, en raison d’un angle de corde plus faible et d’une puissance plus importante pendant les premiers pouces de l’armement, les recurves ont moins tendance à subitement devenir dur (proche de la rupture) dans les derniers pouces de l’armement. Ce phénomène appartient surtout aux longbows. Un autre point positif du recurve, surtout lorsqu’il est fabriqué à partir de matériaux mécaniquement non transformés, est que le « suivi de corde » a beaucoup moins d’importance que pour un longbow. Si le « suivi de corde » diminue l’efficacité des arcs droits, ce n’est pas le cas des recurves, les doubles courbures jouant leur rôle de came.

Les arcs à courbure sont plus courts. Les arcs courts sont plus faciles à manœuvrer dans les bois ou sur le dos d’un cheval. Cette qualité est importante pour le chasseur qui se meut en forêt. Il peut maintenir une vitesse de flèche élevée (et éviter ainsi que l’animal ne saute à la corde) et réaliser des approches dans des taillis plus épais. Cette qualité fut également appréciée des cavaliers turcs et des peuples d’Asie Centrale, ainsi que des Indiens d’Amérique du Nord lorsqu’ils découvrirent le cheval au XVIème siècle. De plus, cette petitesse permet l’utilisation de morceaux de bois plus courts, qui sont plus faciles à trouver.

 

Recurve statique : lorsque l’arc est à plein armement (photo du dessous), la courbure reste statique. L’angle qu’elle forme avec la branche reste le même que celui de l’arc au repos (photo du dessus). Notez également la faiblesse de l’angle de corde à plein armement, gage d’une énergie potentielle et d’un rendement important.

Toute médaille a son revers, et les recurves présentent certains défauts. D’une manière générale, ils sont moins précis que les longbows. En effet, les branches étant plus courtes, elles jouent moins leur rôle de stabilisateur. Plus dynamiques, les branches sont plus vives et ébranlent davantage l’arc lorsqu’elles reviennent dans leur position initiale. Par ailleurs, les recurves ont une décoche plus bruyante. Ceci peut être attribué au retour de la corde après la décoche qui vient claquer contre le ventre de l’arc. Cet inconvénient peut se révéler un véritable handicap pour le chasseur. Pire, le bruit de la corde peut faire esquisser un mouvement au gibier avant que la flèche ne l’atteigne, entraînant une atteinte dans une partie non vitale. Notons que ce dernier défaut peut être atténué en tirant des flèches un peu plus lourdes que la normale. Elles absorberont  mieux l’énergie. Elles seront également plus pénétrantes, ce qui ne sera pas sans déplaire au chasseur.

Mais l’inconvénient du recurve réside avant tout dans sa construction. Tout d’abord il est très long à construire par rapport à n’importe quel longbow. Ce dernier peut être réalisé en quelques heures par quelqu’un qui maîtrise bien son sujet. De plus, un arc droit peut être fabriqué avec quelques notions, n’importe où, et avec très peu d’outils. Ce n’est pas le cas de l’arc à courbure. Non seulement il demande du temps, mais il nécessite davantage de connaissances et utilise plus de matériaux. La préparation de tendon, de la colle, leur application sur l’arc sont des opérations très consommatrices de temps. De plus, les tendons et la colle craignent l’humidité, ce qui n’est pas pour plaire le chasseur. En outre, souris, chiens et insectes apprécient également les qualités du tendon, mais pour d’autres raisons que celles du facteur d’arc.

Choix du profil

Il est maintenant temps de choisir le profil de l’arc à construire. Plusieurs paramètres vont entrer en ligne de compte et le choix va se faire en fonction du bois dont on dispose (de ses qualités techniques), de la puissance que l’on souhaite atteindre, de la vitesse recherchée et de la taille maximale que l’on veut donner à l’arc. De là dépend, le degré de courbure, la longueur de ces courbures, la précision de l’arc. Toutes ces données sont intimement liées.

Je vais prendre pour exemple l’arc dont je décris la construction dans ce chapitre, et exposer les raisons qui m’ont conduit à déterminer ses dimensions.

Je cherchais à fabriquer un arc dont la vitesse de la flèche serait équivalent à un flatbow de 60 livres. Compte tenu des données décrites ci avant, je choisissais de fixer la puissance de mon recurve 20 % au-dessous de 60 livres, soit 50 livres. Le bois dont je disposais était du frêne. Mesurant la largeur moyenne de mes flatbow réalisés dans cette essence, soit 2 pouces, je décidais d’augmenter cette largeur à 2 pouces ¼. Je retirais par sécurité 5 livres sur les 50 trouvés précédemment. Pour déterminer la longueur de l’arc, je tenais compte du fait que j’utilisais un bois de performance moyenne, et je choisissais de ne pas réaliser un arc trop court, sans excéder 64 ou 65 pouces (longueur au-delà de laquelle le tendon alourdit inutilement les branches). Je choisis 60 pouces, de façon à obtenir des branches assez légères et profiter au maximum de l’efficacité du design, et aussi pour défier un recurve de ma connaissance en bois lamellé collé et fibre de verre. De là, je tirais la longueur des courbures que je fixais à 25 % de la longueur totale de chaque branche (longueur prise entre l’extrémité de la branche et le tout début de la courbure, en vue d’arriver à une longueur de contact corde/arc d’au moins 15 % lorsque l’arc sera bandé). J’optais pour un angle de courbure classique, soit 60°. Enfin, je choisis d’appliquer du tendon sur 1/3 de chaque branche, au niveau de la courbure et non sur la totalité des branches. En effet, un arc de 60 pouces large de 2 pouces ¼ aurait consommé trop de tendon à mon goût. Ceci aurait eu tout d’abord pour effet de vider mon stock de tendon durement acquis, de me prendre un temps infini pour l’appliquer et finalement d’alourdir significativement les branches. Je choisis donc de recouvrir le reste des branches avec de l’écorce de merisier. C’est un matériau très résistant, plus léger que le tendon et plus rapide à appliquer.

A vous de faire votre choix, en fonction de vos besoins et du bois dont vous disposez. Si vous utilisez de l’if, vous pourrez réduire la largeur et la longueur de l’arc. Si vous utilisez de l’érable il vous faudra les augmenter.

Emmanuel Martin libérant les nombreuses heures passées à fabriquer son arc.

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Construction

La première chose à prévoir dans la construction d’un arc à courbure, c’est du temps ! Prenez le nombre d’heures qu’il vous faut pour fabriquer un flatbow et multipliez par 2 ou plus souvent par 3. Mais, la première fois que vous armerez votre recurve, que vous sentirez les courbures jouer leur rôle de cames, que la flèche s’envolera comme une fusée, vous serez prêt pour commencer votre deuxième recurve. La figure suivante vous donne toutes les dimensions dont vous avez besoin pour construire l’arc que j’ai décrit ci-dessus.

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Dimensions : D’une longueur totale de 60’’, les dimensions de cet arc permettent d’obtenir un recurve aux performances intéressantes. L’angle que forme la courbure avec la branche est de 60° (ou 120°). La longueur de cette courbure est de 7’’ ½, soit 25 % de la branche.

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La billette de bois que vous utiliserez aura une longueur de 65 pouces et une largeur de 2 3/8 de pouces. Ces dimensions vous permettront d’arriver en toute sécurité aux dimensions de l’ébauche de l’arc, soit 60 pouces et 2 pouces 1/4.

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Billette : les dimensions indiquées ici concernent une billette en frêne. Si vous utilisez de l’if la largeur pourra être réduite d’1/4 de pouce.

Taillez votre arc, sa poignée et désépaississez-le de la même manière que pour un flatbow, et obtenez une épaisseur de ½ pouce à l’extrémité des branches, et de ¾ de pouce près de la poignée. En fait, tout se passe comme pour un flatbow jusqu’à l’étape du floor tillering. La seule différence, c’est qu’il faudra laisser aux branches leur largeur sur toute la longueur. Il est en effet très prudent de ne pas réduire les extrémités des branches à leur profil final avant de les avoir recourbées. Lors de l’opération qui donnera la courbure, les branches peuvent se tordre légèrement. Si la billette a déjà été affinée, il y a un risque pour que les futures poupées ne soient pas dans l’axe central de l’arc, et qu’ainsi la corde ne passe pas exactement à la verticale de la poignée. Garder aux extrémités toute leur largeur permet de réaliser plus facilement une courbure avec le même angle sur toute la largeur des branches. De plus, ceci permet d’ajuster plus tard la largeur lors de la phase de tillering, ce qui peut être un avantage pour une éventuelle correction.

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Ébauche : Les branches resteront dans leur plus grande largeur (ici 2’’ ¼) pendant toute la phase de courbage, y compris à l’extrémité des branches.

Commencez la phase de floor tillering jusqu’à ce que les deux branches courbent légèrement. Ne retirez pas de bois sur les 10 derniers pouces et laissez-les à un minimum de ½ pouce. Il est important d’obtenir à ce stade une épaisseur minimum qui facilite l’opération de courbage sans retirer trop de bois afin de garder la rigidité de la future courbure.

Courbage des branches

Comme je l’ai indiqué ci-dessus, la courbure portera sur 25 % de chaque branche (avant que l’arc ne soit bandé), soit environ 7 ½ pouces pour le modèle qui nous occupe. L’angle recherché est de 60° par rapport au plan de l’arc. Pour atteindre cette courbure de 60°, il va être nécessaire de faire plier la branche de 10 à 20° supplémentaires, soit 70 à 80°. En effet, il faut dores et déjà prendre en compte une déperdition naturelle qui se manifestera lors des premiers armements et qui ramènera l’angle aux environs de 60°.

Pour courber une branche, plusieurs façons de faire sont possibles. Mais quelle que soit la méthode employée, la règle suivante reste toujours vraie : plus un bois est chauffé longtemps, en une ou plusieurs fois, plus il devient faible. En effet, la chaleur altère les propriétés mécaniques du bois. Appliquée avec excès, elle rend le bois aussi malléable que du carton. C’est pourquoi il est important que les branches soient les plus fines possibles à l’issue du floor tillering. Plus la branche sera mince, moins longtemps elle aura besoin de chauffer, moins elle s’affaiblira.

Il faut tout de même laisser une épaisseur minimale, ne serait ce que pour terminer le tillering, mais aussi parce qu’à l’issue du courbage, la surface du ventre peut présenter des éclats de bois ou se fissurer à l’endroit de la courbure malgré les précautions qui auront été prises. D’autre part, il ne faut pas perdre de vue que les courbures resteront fermes à l’armement et que pour cela, elles ne doivent pas être trop minces.

Courbage par chaleur sèche

C’est la méthode la plus naturelle, mais aussi la plus risquée. Je la déconseille pour un courbage qui vise à recourber les branches au-delà de 30°. Elle est également moins recommandée pour les recurves dont la courbure reste ferme à l’armement, puisque le bois est plus épais et donc plus difficile à plier. Toutefois, pour le modèle dont je décris plus particulièrement la construction, son principe pourra servir lors de la phase finale du tillering. Cette méthode consiste à chauffer le bois par application d’une source de chaleur directement sur la partie à courber et à plier le bois sur son genou par exemple. Pour cela, on peut utiliser l’ancienne méthode des indiens Modoc qui appliquaient des pierres chaudes et de la mousse sur la branche. On peut également approcher la branche auprès de braises chaudes, comme je l’ai vu faire par les Wayanas de Guyane pour redresser leurs arcs. Des moyens plus modernes existent bien sûr. La gazinière de la cuisine, les résistances électriques d’un four ou d’un grill. Personnellement, ma préférence, en dehors des moyens traditionnels, va aux résistances électriques d’un four, surtout lorsque l’on débute dans le métier. En effet, le plus grand danger lors de la courbure d’une branche par chaleur sèche est de la transformer en charbon de bois. J’évite toute flamme en utilisant le four électrique familial. Pour empêcher le bois de noircir malgré tout (et ceci est surtout vrai pour les « bois blancs »)  j’enduis copieusement la partie de la branche à courber avec du suif, une graisse animale qui protège mieux qu’une graisse végétale.

L’idée est de faire pénétrer lentement la chaleur dans le bois, et pas seulement en surface. Il ne faut donc pas coller la branche à la source de chaleur, mais la maintenir à une certaine distance (en fonction de l’intensité et du risque de carbonisation) pour laisser le bois s’échauffer peu à peu, aider en cela par le suif qui devient liquide et pénètre le bois. Il faut donc que la source de chaleur ne soit pas réglée sur une température très élevée. Si vous possédez des chutes du bois avec lequel vous avez fabriqué votre arc, faites des essais avant de passer à du sérieux.

Vous voilà fin prêt. L’une de vos branches est enduite de suif côté ventre et côté dos. Vous avez pris soin de faire une petite marque à l’endroit où vous allez plier le bois, déterminant par là, la longueur de votre future courbure. Le four électrique, par exemple, est allumé thermostat 3 ou 4 (assez faible). Munissez-vous de gants et d’un linge pour protéger votre genou. C’est lui qui servira d’appui pour plier le bois. Approcher la branche de la résistance électrique et la maintenir à environ 3 cm (15 cm si la source de chaleur est une flamme. Faîtes des essais !). Attendre 2 minutes, retourner la branche et l’appliquer de la même manière pendant 2 nouvelles minutes. Surveillez sans arrêt la surface du bois afin de détecter tout début de carbonisation. Retirez la branche. Testez contre votre genou la résistance. Ne forcez pas, vous sentirez tout de suite si le bois cède ou ne cède pas. S’il ne plie pas, recommencez l’opération de chauffage pendant 1 à 2 nouvelles minutes et ainsi de suite jusqu’à ce que le bois cède. Procédez lentement. N’essayez pas d’arriver rapidement au résultat. Soyez patient. L’aspect de la surface est un excellent guide. En général j’attends que la graisse émette quelques bulles avant d’essayer de faire plier le bois.

Dès que vous sentez que le bois cède, pliez la branche de quelques degrés, jusqu’à ce que vous sentiez une résistance. Maintenez la branche dans cette position pendant environ 30 secondes à 1 minute, le temps que le bois se refroidisse.

Procédez de cette manière jusqu’à obtention du degré de courbure désiré. Vérifiez ensuite que l’extrémité de la branche est toujours dans l’axe de l’arc. Si ce n’est pas le cas, chauffez-la de nouveau et redressez-la. Faites de même pour l’autre branche. Comparez-la avec la première et ajustez l’une ou l’autre jusqu’à obtention de courbures homogènes. Lors de la finition, vous serez peut-être amené à réchauffer l’une ou les deux branches si la corde ne passe par le centre de l’arc ou si les branches se tordent.

Il faut savoir que cette méthode donne des résultats assez inégaux d’une essence de bois à une autre. Elle fonctionne assez mal pour le frêne, par exemple, lorsqu’il est épais de ½ pouce.

Courbage par chaleur humide

Cette méthode est à préconiser pour réaliser de fortes courbures (supérieures à 30°), ainsi que pour celles effectuées sur des branches épaisses en vue d’obtenir un arc dont les courbures restent fermes à l’armement.

La méthode que je décris ici consiste à plonger la branche dans un bain d’eau bouillante et à la faire plier à l’aide d’une forme. Il est également possible d’employer de la vapeur pour chauffer la branche à plier, mais je ne l’ai personnellement jamais expérimenté.

Faire bouillir est un moyen moins risqué. Il est plus doux.

La première étape consiste à fabriquer une forme. Elle doit avoir les dimensions qui vous permettront d’obtenir l’angle et la longueur de courbure recherchée. Celle que j’ai employée pour cet arc formait un angle de 90 ° avait une longueur d’environ 25 cm et était un peu plus large que les branches. Pour mieux épouser le dos de l’arc et faciliter sa mise en place pendant le doux moment d’euphorie du courbage, je l’avais légèrement creusée avec une gouge afin de la rendre concave sur la face en contact avec l’arc. Elle doit présenter un angle supérieur au degré de courbure souhaité, le bois se détendant toujours lorsqu’on desserre les serre-joints. On tient compte d’une détente du bois lors des premiers armements. Il vous faut également employer une lame d’acier flexible de la largeur de la branche et d’une longueur de 30 centimètres au moins. Cette lame d’acier sera appliquée contre le ventre de l’arc sur la partie à courber dans le but de comprimer le bois et d’éviter ainsi que des éclats de bois ne se détachent. Pour ma part, j’emploie une règle de tapissier dont la souplesse me sert également à tracer le profil de  mes arcs. Elle sera coincée avec les 5 serre-joints qui vous seront nécessaires.

La principale difficulté est de trouver un récipient suffisant pour accueillir cette espèce de sabot coincé au bout d’un grand ski, avec des tiges de métal qui dépassent de partout. Il faut un récipient qui soit à la fois profond et large. J’ai la chance d’en posséder un installé au-dessus d’un foyer dans une vielle buanderie qui n’a pas vu de lavandières depuis plus de 40 ans. La meilleure solution peut être un vieux fût de 200 litres coupé en deux et bien dégraissé (attention au produit qu’il pouvait contenir, il était peut être toxique ou pourrait altérer le bois !). Mais il y a sûrement d’autres solutions à inventer.

Vous avez placé votre forme et votre lame d’acier à l’extrémité de l’arc à l’aide d’un premier serre-joint. L’eau commence à être assez chaude. Plongez le tout dans l’eau. Le bois va ainsi chauffer en même temps que l’eau, ce qui lui évitera de se craqueler par un choc thermique. Arrivé à ébullition, attendre au moins 30 minutes suivant l’épaisseur de la branche. La règle est de laisser le bois 30 minutes par ½ pouce d’épaisseur lorsque l’on va lui faire subir un courbage si important. Retirer l’arc à l’aide de gants. Attention ! Vous avez au maximum 30 secondes pour agir. Dépasser ce temps, le bois reprend sa raideur naturelle. Placer un deuxième serre-joint à quelques centimètres du premier et commencer à serrer jusqu’à sentir une résistance. Replonger l’engin dans l’eau bouillante et attendre 10 minutes. Sortir et serrer le deuxième serre-joint. Recommencer l’opération jusqu’à ce que le deuxième serre-joint soit complètement serré. Puis faites de même avec le troisième puis l’éventuel quatrième serre-joint qui sera placé quant à lui à l’extrémité de la forme. Attendre 24 heures avant d’enlever la forme et plusieurs jours avant de mettre la branche sous tension.

Pendant tout ce travail,  il faut surtout arrêter de serrer dès que l’on sent que le bois n’est plus sous l’influence de la chaleur, sinon on risque d’éclater le bois, de le fendre ou bien encore de le transformer en papier carton.

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Forme : La forme, placée à l’extrémité de la branche à l’aide d’un serre-joint, a bouilli pendant 30 minutes. Un second serre-joint est placé près du premier et serré de quelques centimètres. La branche commence à courber. Après chaque bain de 10 minutes, vous avez 30 secondes au maximum pour agir. Puis un troisième et enfin un quatrième serre-joint sont placés au fur et à mesure que la courbure progresse. Notez la présence de la lame d’acier maintenue par le premier serre-joint et par un cinquième qui n’apparaît pas sur cette photo.

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Rappelez-vous aussi, que plus le morceau de bois aura besoin d’être plongé dans l’eau bouillante, plus il deviendra faible par la suite. Vous risquez ainsi d’obtenir de jolies courbures qui s’effaceront à la première prise de corde ou qui plieront exactement en sens inverse, transformant votre arc en jouet, en souvenir, ou en petit bois pour allumer le feu. Soyez donc méticuleux afin d’obtenir votre courbure en quatre à cinq bains. Mais ces chiffres sont indicatifs, ils peuvent varier d’un bois à un autre, d’une essence à une autre.

Cette remarque est également vraie pour la courbure par chaleur sèche. Courber l’autre branche de la même manière, en prenant soin de lui donner un angle et une longueur de courbure identiques à la première.

Vous pouvez maintenant dessiner et tailler l’extrémité des deux branches afin de leur donner leur forme définitive. Personnellement, je maintiens les branches dans leur plus grande largeur (ici 2 ¼ pouces) jusqu’à un point situé un peu avant la base de la courbure. La largeur à l’extrémité de la branche est de ¾ de pouce.

Renforcer le dos de l’arc

C’est maintenant une étape assez longue qui vous attend. Reportez-vous au chapitre qui traite du « backing ». Que ce soit dans le séchage des tendons, leur préparation, leur application et la colle utilisée, il n’y a pas de particularité liée au recurve. Toutefois, après avoir essuyé quelques décollements intempestifs de tendon, je conseille de placer des tendons enduits de colle autour de la branche à l’endroit de la courbure. Ceci aidera le backing à résister à la forte extension qui lui sera demandé. Rappelez-vous aussi que le tendon et la colle sont 2 fois plus lourds que le bois et qu’il existe d’autres matériaux pour remplacer le tendon. Trois à quatre couches de tendon sont nécessaires.

Tillering

La phase du tillering peut maintenant débuter à proprement parler. Votre expérience en matière de tillering sur les longbow va être ici très utile. Ménagez-vous du temps pour cette phase et essayez de ne pas être dérangé. Commencez par retirer du bois sur toute la longueur des branches, en obtenant un profil idéal, aux épaisseurs qui tendent à se rapprocher des épaisseurs finales. Retirez également du bois sur les courbures et les poupées. Elles peuvent présenter des éclats de bois ou de petites fentes à l’issue du courbage qu’il convient de faire disparaître. Il faut être extrêmement attentif à ne pas trop vous attarder à l’endroit exact de la courbure. En effet, ce point fait saillie et si vous utilisez une râpe, il sera plus vulnérable.

N’allez pas trop vite et mesurez régulièrement l’épaisseur sur toute la courbure afin de ne pas dépasser les dimensions auxquelles vous souhaitez arriver. Vérifiez la courbure en floor tillering (en coinçant la branche avec votre pied).

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Profil final : Voici les épaisseurs de 6’’ en 6’’ du profil final d’un arc à courbure en frêne. La courbure est épaisse de 11/32’’ sur presque toute sa longueur, ce qui lui permet de conserver sa rigidité pendant l’armement (recurve statique). Au niveau de la poupée, elle est plus épaisse avec 7/16’’.

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Comparez avec les arcs que vous avez déjà réalisés, et vous saurez si votre arc est très loin de la phase finale de tillering ou si vous pensez en être au début. Dès que vous le  jugez possible, utilisez la longue corde de tillering. Pour ma part, je ne taille pas les coches à ce stade. Je bloque les anneaux de la corde à l’aide de ficelles entourées autour de l’extrémité des branches. Ceci m’évite d’interrompre la phase de tillering pour tailler rapidement des coches qui se révéleront par la suite excentrées ou sans symétrie du fait de ma hâte à reprendre le tillering.

Placez la barre de tillering et tendez la corde. Essayer de faire courber l’arc de quelques pouces. Si cela n’est pas possible, continuez à retirer du bois. Si vous y arrivez, vous allez tout de suite vous apercevoir si les 2 branches sont dans le même axe ou pas. Si elles ne le sont pas (ce qui est le cas en général), la plus faible ou la plus excentrée va se tourner sur elle-même, au point que si vous tirez davantage sur la corde, la branche va complètement décaler cette dernière hors de la largeur des branches. Il convient bien sûr de stopper immédiatement la traction. Les raisons de cette réaction sont simples. Le bois courbe davantage là où il est le plus faible. En effet, malgré les soins apportés il se peut très bien que lors de la phase de courbage des branches, l’une d’elles ou les deux n’aient pas courbé avec le même angle sur toute la largeur. Il est également possible que, sur le ventre de l’arc, vous ayez involontairement retiré plus de bois sur un des deux bords, et qu’ainsi la branche se mette à twister. Par ailleurs, il peut exister une faiblesse dans le bois qui se révèle à ce moment.

Replacez l’arc sur la barre de tillering et faites un nouvel essai. Si tout va bien, vous pouvez cette fois-ci armer l’arc de plusieurs pouces et accrocher la corde à un cran de la barre sans que l’arc ne se voile. Sinon, vous devez de nouveau corriger la branche en la chauffant.

La phase de tillering ne peut alors continuer. Il faut redresser la branche fautive. Rassurez-vous, cela arrive souvent et vous pouvez très bien avoir à redresser 4 ou 5 fois une branche au cours du processus de tillering, puisque au fur et à mesure que vous retirez du bois, vous modifiez l’épaisseur des branches et donc leur courbure.

Pour redresser la branche fautive, c’est tout simple. Pas de panique. Vous n’aurez pas besoin de retirer tout le tendon et de refaire une séance d’eau bouillante (comme je l’ai tristement expérimenté dans un premier temps), il suffit d’employer la méthode de la courbure par chaleur sèche que j’ai décrite ci-dessus. N’ayez crainte pour votre tendon. Seul le ventre sera chauffé, et la chaleur n’aura pas d’effet sur le dos de l’arc.

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Tillering : La courbure fait saillie. Attention à ne pas trop s’attarder sur ce point plus vulnérable. Effectuer quelques passages avec la râpe, puis contrôler l’épaisseur à l’aide pied à coulisse. La râpe que j’utilise est une râpe de maréchal ferrant (merci Didier Lefebvre), dont la largeur et la forme des dents sont particulièrement utile pour le tillering.

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Les règles sont les mêmes que pour le courbage par chaleur sèche. Mais attention pendant cette opération à ne pas chauffer la partie courbée. Il convient de se concentrer sur celle qui se trouve 5 à 15 centimètres avant la courbure afin de ne pas voir cette dernière disparaître. Après avoir enduit le ventre de l’arc à l’aide de suif, réglez votre four (si vous utilisez comme moi un four électrique) sur le thermostat 3 ou 4. Maintenez le ventre de l’arc à 3 ou 4 centimètres de la résistance pendant 2 minutes, puis 2 nouvelles minutes si cela n’est pas suffisant. Il faut chauffer juste assez pour plier le bois, mais pas plus, sinon le tendon peut être endommagé. Prendre la branche entre ses deux mains et la tordre dans le sens de rotation opposé au voilement qu’elle présentait lors de l’armement sur la barre de tillering. Maintenir ainsi pendant 30 secondes jusqu’à ce qu’elle refroidisse et jugez si la correction infligée est suffisante au regard du voilement observé à l’armement. Laissez le bois retrouver une température normale.

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Procédez maintenant exactement de la même manière que vous le faites avec un longbow, tout en gardant une épaisseur suffisante au niveau de la courbure afin de lui conserver une rigidité.

Au fur et à mesure que vous retirerez du bois, que vous pèserez la puissance de votre arc, que vous le placerez sur la barre de tillering pour vérifier l’harmonie de la courbure des 2 branches, il pourra arriver que l’une d’elle se mette à twister comme décrit précédemment. Vous reprendrez ainsi autant de fois le chemin de la cuisine puis celui de l’atelier, jusqu’à obtenir  la puissance recherchée (+3 ou 4 livres qui disparaîtront pendant la finition), une courbure harmonieuse et des branches qui reculent exactement dans l’axe central de l’arc à pleine allonge. Peu importe que les branches de votre arc semblent tordues ou voilées lorsqu’il n’est pas bandé. L’important, c’est que l’alignement soit parfait quand la corde est en place et quand vous armez votre arc.

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Puissance et courbure : Après avoir redressé 4 fois le voilement des branches, je contrôle leur déformation pour m’assurer qu’elles ne tournent pas sur elles-mêmes, tout en mesurant la puissance à l’aide d’un pèse-personne.

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Une fois que votre arc a trouvé cette harmonie, bandez-le à 6 ou 7 pouces et armez-le une dizaine de fois. Encochez une flèche et détendez-vous. Si tout va bien vous serez gagné par la douceur de l’armement et surpris par la vitesse de la flèche. Il est également possible que vous explosiez de joie.

Après 20 flèches, contrôlez de nouveau la courbure, la puissance et l’axe de la corde par rapport à celui de l’arc. Pour la finition, je conseille mille fois de vernir votre arc. Colle et tendon étant très sensibles à l’eau et à l’humidité ambiante, il serait létal pour l’arc de les voir retrouver leur texture blanche et pâteuse. Dès que j’emploie du tendon dans la fabrication d’un arc, je n’hésite pas à appliquer 10 couches de vernis. Je le mets régulièrement au soleil et j’évite de l’emmener à la chasse par temps de pluie.

Je vous souhaite autant de plaisir que j’ai pu en avoir le jour où mes premières flèches se sont envolées de mon premier arc à courbure. Beauté des formes, vitesse et noblesse sont au rendez-vous. A vous de jouer !

 

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