ARCS
Fabrication des arcs ''Primitifs''
Gery BONJEAN & Emmanuel MARTIN

LES ARCS SIMPLES 2/2

Les différents types d’arcs simples

Vous avez devant vous un chevron, il vous reste maintenant à chercher l’arc que vous allez révéler en lui. L’arc le plus simple à réaliser est le longbow anglais. Regardez votre chevron, si sa largeur est de moins d’un pouce et demi, sa longueur de plus de soixante-dix pouces et sans gros défaut, vous pouvez faire un longbow anglais. Si votre chevron est plus large vous pouvez faire un flatbow. Vous trouverez dans les pages suivantes des plans d’arcs, mais jamais personne ne vous dira : respectez ces cotes pour obtenir un arc de telle force à telle allonge.

Le bois est une matière vivante donc capricieuse. S’il est vivant cela veut dire qu’il vit et qu’il meurt. Rassurez-vous, des archéologues anglais ont renfloué au début des années 1980 l’épave d’un navire de guerre, le Mary Rose, coulé en 1545 à l’entrée du port de Portsmouth par une douzaine de mètres de fond, contenant des longbows en if. Ils ont fait sécher les arcs et ont pu tirer quelques flèches avec (voir chapitre ‘’les arcs du Mary Rose’’). Vivant veut dire que le bois réagit et n’obéit pas forcément à des tables et des abaques.

Si l’on faisait des arcs dans du plastique ou dans du métal il serait possible de vous donner des cotes précises. Toute la magie vient de là, c’est cela qui fait de votre arc une pièce unique. Toutes les cotes que vous trouverez dans les schémas suivants ne sont donc données qu’à titre indicatif.

Concernant les longbows anglais il y a une cote que l’on peut connaître c’est sa longueur. La longueur optimale d’un longbow est en fonction de l’allonge du tireur. L’allonge est égale à la distance entre le dos de l’arc et le point d’ancrage de la corde (à l’endroit où la flèche est encochée) sur le visage du tireur, arc armé.

Pour une allonge de 26 pouces la longueur du longbow sera de 66 à 68 pouces.

Pour une allonge de 28 pouces la longueur du longbow sera entre 68 et 70 pouces.

Pour une allonge de 29 à 30 pouces la longueur du longbow sera entre 72 et 74 pouces.

D’une manière générale un arc long est plus précis et accepte mieux les erreurs de décoche qu’un arc court. Par contre un arc court est plus rapide à force égale. Un tireur à la cible choisira un arc long alors qu’un chasseur préférera un arc court, rapide et maniable. Les flatbows sont généralement plus courts que les longbows. Personnellement et en référence au chapitre ‘La mécanique de l’arc’. Je pense qu’il est difficile pour un arc simple d’une puissance d’une cinquantaine de livres à une allonge de vingt-huit pouces de mesurer moins de soixante-deux pouces. Jim Hamm donne dans sont livre une formule empirique, confirmée par d’autres auteurs, pour les arcs simples du type flatbow.

La longueur du flatbow doit être égale à deux fois l’allonge plus de dix à vingt pour-cent. Ce qui donne :

Pour une allonge de 26 pouces la longueur du flatbow sera entre 57 et 62 pouces.

Pour une allonge de 28 pouces la longueur du flatbow sera entre 62 et 66 pouces.

Pour une allonge de 30 pouces la longueur du flatbow sera entre 66 et 72 pouces.

En résumé si vous fabriquez votre premier arc, faites le grand, vous aurez plus de chance de succès.

Plan de longbow anglais

Plan de flatbow asymétrique

Plan 1 de flatbow symétrique

Plan 2 de flatbow symétrique

De gauche à droite : Longbow en hickory de 70 pouces, flatbow en frêne de 70 pouces, longbow de mon fils en frêne de 54 pouces, flatbow indien en frêne de 52 pouces et la première réalisation un flatbow en frêne de 64 pouces.

 

Le dos de l’arc

Dans la réalisation d’un arc, les deux phases les plus délicates sont le dressage du dos et le tillering. Le dos de l’arc est soumis à des forces d’étirement qui sont à l’origine de la plupart de mes échecs. Pour bien résister, le dos de l’arc doit être entièrement réalisé dans le même cerne du bois. Bien sûr il y a des exceptions ; il existe des fabricants qui ne respectent pas cette règle comme l’Américain Tim Baker. Tim Baker est un fabricant d’arcs simples qui organise des stages de fabrication d’arc simple. Sa spécialité est de faire des arcs dans des chevrons de toutes sortes de bois achetés dans les scieries et autres magasins de bricolage. Un flatbow célèbre en orme, découvert dans la tourbière d’Holmengaard en 1944 au Danemark attribué au mésolithique entre 7500 et 8000 ans avant Jésus Christ, ne fut pas construit le dos dans un même cerne. Si vous voulez que votre premier arc soit un succès suivez scrupuleusement la même veine du bois pour en réaliser le dos. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que chaque année l’arbre ajoute une couche appelée cerne annuel à l’extérieur, sous l’écorce. Toute la surface du dos de l’arc, étant réalisée dans le même cerne, datera donc de la même année.

Le dressage du dos d’un chevron de frêne est aisé car ses cernes sont composés de couches claires et dures séparées par des couches tendres et brunes. La lame de votre rabot ou de votre plane suivra presque naturellement la couche brune. Pour d’autres essences comme l’hickory, le robinier ou l’if c’est un peu plus difficile car la couche brune de séparation entre les cernes n’est pas facilement visible et n’est pas vraiment plus tendre. Le robinier avec sa dureté proche de celle du chêne n’est pas des plus faciles à ramener au même cerne. Pour l’if le problème est la présence de l’aubier clair dont le dos de l’arc sera composé. Il vous faudra conserver une couche d’aubier entre un 1/4 et 1/8 de pouce, ce qui en cas d’erreur ne permet pas de descendre d’un cerne de plus car il ne resterait plus assez d’aubier. Pour le frêne qui n’a pas d’aubier visible, si vous faites un trou dans le cerne c’est juste reparti pour un tour. Souvent avec le frêne vous pouvez vous passer de cette opération et conserver le premier cerne d’aubier si lors de l’écorçage vous ne l’avez pas détérioré et voilà pourquoi c’est un bon choix pour votre premier arc.

Un autre facteur de difficulté réside en l’épaisseur des cernes. Plus les cernes sont fins, moins il faut de temps pour faire une erreur. Les bois à grain fin, c’est à dire qui ont poussé lentement, sont les plus recherchés par les facteurs d’arcs. C’est tout spécialement le cas de l’if. J’ai l’exemple dans mon atelier de deux billes d’if, de même diamètre l’une a soixante ans et l’autre dépasse les cent années. Je n’ai encore pas assez d’expérience pour pouvoir mesurer l’influence de la finesse du grain sur les performances de l’arc. Cette expérience prend du temps il m’a fallu plus de deux ans pour trouver les ifs et il en faut trois pour qu’ils sèchent.

Pour cette opération j’utilise le petit rabot et un couteau de chasse comme racloir pour le frêne. L’utilisation d’une plane, qui est l’outil type pour ce travail est beaucoup plus pratique et donne de bien meilleurs résultats pour les bois durs comme le robinier ou tendres et homogènes comme l’if. A vous de trouver l’outil qui vous convient le mieux. J’ai vu des photos où l’opérateur utilisait une hachette. Si sur le dos de l’arc vous avez une entaille même peu profonde éliminez-la à l’aide d’un racloir ou de papier de verre si vous n’y parvenez pas vous connaissez déjà l’endroit où votre arc va casser, alors descendez d’un cerne, et plus doucement cette fois. Pour les nœuds suivez toujours le même cerne du bois ce qui vous fera découvrir les bosses qui donneront du caractère et de la personnalité à votre arc. Une bonne solution est de laisser un ou deux cernes d’épaisseur sur les nœuds et de revenir dessus plus tard, une fois que tout le chevron est au même cerne. Si vous voulez un arc parfaitement droit allez au magasin le plus proche, ils ont des arcs industriels parfaitement droits. Une fois cette opération terminée vous allez pouvoir dessiner le contour de l’arc sur ce dos. Vous allez maintenant apprécier les surplus de matière en calant votre arc entre les nœuds et les imperfections du bois. Si le dos ainsi dressé présente des défauts, du style grosse bosse, ne vous inquiétez pas, une fois l’arc pratiquement terminé vous pourrez les corriger en chauffant le bois.

Le dos de l’arc

Dans la réalisation d’un arc, les deux phases les plus délicates sont le dressage du dos et le tillering. Le dos de l’arc est soumis à des forces d’étirement qui sont à l’origine de la plupart de mes échecs. Pour bien résister, le dos de l’arc doit être entièrement réalisé dans le même cerne du bois. Bien sûr il y a des exceptions ; il existe des fabricants qui ne respectent pas cette règle comme l’Américain Tim Baker. Tim Baker est un fabricant d’arcs simples qui organise des stages de fabrication d’arc simple. Sa spécialité est de faire des arcs dans des chevrons de toutes sortes de bois achetés dans les scieries et autres magasins de bricolage. Un flatbow célèbre en orme, découvert dans la tourbière d’Holmengaard en 1944 au Danemark attribué au mésolithique entre 7500 et 8000 ans avant Jésus Christ, ne fut pas construit le dos dans un même cerne. Si vous voulez que votre premier arc soit un succès suivez scrupuleusement la même veine du bois pour en réaliser le dos. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que chaque année l’arbre ajoute une couche appelée cerne annuel à l’extérieur, sous l’écorce. Toute la surface du dos de l’arc, étant réalisée dans le même cerne, datera donc de la même année.

Le dressage du dos d’un chevron de frêne est aisé car ses cernes sont composés de couches claires et dures séparées par des couches tendres et brunes. La lame de votre rabot ou de votre plane suivra presque naturellement la couche brune. Pour d’autres essences comme l’hickory, le robinier ou l’if c’est un peu plus difficile car la couche brune de séparation entre les cernes n’est pas facilement visible et n’est pas vraiment plus tendre. Le robinier avec sa dureté proche de celle du chêne n’est pas des plus faciles à ramener au même cerne. Pour l’if le problème est la présence de l’aubier clair dont le dos de l’arc sera composé. Il vous faudra conserver une couche d’aubier entre un 1/4 et 1/8 de pouce, ce qui en cas d’erreur ne permet pas de descendre d’un cerne de plus car il ne resterait plus assez d’aubier. Pour le frêne qui n’a pas d’aubier visible, si vous faites un trou dans le cerne c’est juste reparti pour un tour. Souvent avec le frêne vous pouvez vous passer de cette opération et conserver le premier cerne d’aubier si lors de l’écorçage vous ne l’avez pas détérioré et voilà pourquoi c’est un bon choix pour votre premier arc.

Un autre facteur de difficulté réside en l’épaisseur des cernes. Plus les cernes sont fins, moins il faut de temps pour faire une erreur. Les bois à grain fin, c’est à dire qui ont poussé lentement, sont les plus recherchés par les facteurs d’arcs. C’est tout spécialement le cas de l’if. J’ai l’exemple dans mon atelier de deux billes d’if, de même diamètre l’une a soixante ans et l’autre dépasse les cent années. Je n’ai encore pas assez d’expérience pour pouvoir mesurer l’influence de la finesse du grain sur les performances de l’arc. Cette expérience prend du temps il m’a fallu plus de deux ans pour trouver les ifs et il en faut trois pour qu’ils sèchent.

Pour cette opération j’utilise le petit rabot et un couteau de chasse comme racloir pour le frêne. L’utilisation d’une plane, qui est l’outil type pour ce travail est beaucoup plus pratique et donne de bien meilleurs résultats pour les bois durs comme le robinier ou tendres et homogènes comme l’if. A vous de trouver l’outil qui vous convient le mieux. J’ai vu des photos où l’opérateur utilisait une hachette. Si sur le dos de l’arc vous avez une entaille même peu profonde éliminez-la à l’aide d’un racloir ou de papier de verre si vous n’y parvenez pas vous connaissez déjà l’endroit où votre arc va casser, alors descendez d’un cerne, et plus doucement cette fois. Pour les nœuds suivez toujours le même cerne du bois ce qui vous fera découvrir les bosses qui donneront du caractère et de la personnalité à votre arc. Une bonne solution est de laisser un ou deux cernes d’épaisseur sur les nœuds et de revenir dessus plus tard, une fois que tout le chevron est au même cerne. Si vous voulez un arc parfaitement droit allez au magasin le plus proche, ils ont des arcs industriels parfaitement droits. Une fois cette opération terminée vous allez pouvoir dessiner le contour de l’arc sur ce dos. Vous allez maintenant apprécier les surplus de matière en calant votre arc entre les nœuds et les imperfections du bois. Si le dos ainsi dressé présente des défauts, du style grosse bosse, ne vous inquiétez pas, une fois l’arc pratiquement terminé vous pourrez les corriger en chauffant le bois.

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Retirer deux ou trois cernes sur toute la longueur du chevron est une opération délicate. Le dos de l’arc doit être dans le même cerne.

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Dans le cas ou vous n’avez pas une longueur de chevron suffisante vous aurez à le réaliser en deux parties. Choisissez bien vos deux pièces de bois pour qu’elles aient les mêmes caractéristiques. Je vous conseille de choisir deux morceaux qui était côte à côte dans la bûche. Enlever rigoureusement le même nombre de cernes sur chacun des morceaux. Ceci est tout particulièrement vrai pour l’if car chaque pièce devra absolument avoir la même couche d’obier.

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Coupe d’un if d’environ soixante-dix ans. L’aubier clair en haut de la photo surmonte duramen plus sombre.

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Ici la tranche d’une branche d’arc fini en if. Quelques millimètres d’aubier restent sur le dos de l’arc. A la poignée de cet arc j’ai compté plus de trente cernes.

 

 

La naissance de l’arc

Vous avez devant vous, soit un chevron plus long que l’arc que vous voulez réaliser, soit deux demi-chevrons provenant d’un même arbre ou, d’arbres de mêmes caractéristiques. Dans le cas des deux demi-chevrons vous allez devoir les assembler avant de passer à l’étape suivante.

La réalisation des longbows de type anglais en deux parties est relativement courante, par contre cette technique est plus rare pour les flatbows. Je prendrai donc l’exemple d’un longbow de type anglais pour décrire l’assemblage des demi-chevrons. Il vous faut tout d’abord connaître la largeur de la poignée que votre arc aura, une fois fini, en général entre un pouce et un pouce un quart. Sur chacune des pièces de bois vous allez tracer l’axe de votre arc sur son dos ainsi que deux lignes parallèles définissant la largeur maximum de l’arc fini. Si l’un des deux chevrons est plus long que l’autre ne le coupez pas car la poignée de l’arc ne sera pas centrée. Vous allez tracer sur la seule partie pratiquement finie de l’arc, son dos, alors n’appuyez pas trop fort et utilisez un crayon papier gras. Avant de tracer regardez bien vos demi-chevrons, et tentez d’exclure les nœuds et les imperfections du bois. Le bois d’if a en plus de tous les défauts communs aux autres bois d’arc des inclusions de résines, ces inclusions ne peuvent en aucun cas être contenues dans l’arc.

Le traçage du centre de l’arc et de ses limites externes doit être réalisé avec soin en évitant au maximum les défauts du bois que sont les nœuds et les poches de résines.

 

Faites attention à l’orientation du bois, la partie qui était la plus près des racines de l’arbre sera celle qui devra se retrouver dans la poignée. Si vous ne vous souvenez plus de l’orientation de vos chevrons sachez que le bois est bien souvent plus lisse au toucher lorsque vous déplacez vos doigts dans le sens du bois c’est à dire de la base de l’arbre vers ses branches. Si vous ne sentez pas de différence au toucher, avec le rabot vous la verrez car il accroche quand vous êtes à contresens, laissant derrière lui une surface moins nette que lorsque vous êtes dans le fil. Cet effet sera d’autant plus marqué si votre rabot n’est pas parfaitement affûté. Pensez cette fois à repérer le sens du bois par exemple avec une croix. Une fois ce traçage réalisé éliminez le bois en dehors du tracé, en laissant une petite couche de deux ou trois millimètres.

Repérer le sens du bois est indispensable avant de réaliser l’assemblage des deux branches de l’arc.

 

Tracez alors la découpe de l’assemblage de la poignée. La littérature spécialisée décrit trois types d’assemblages, mon expérience dans ce domaine étant restreinte choisissez et tracez votre assemblage sur les deux branches.

Le découpage de ces assemblages est relativement aisé si vous disposez d’une scie à ruban et bien qu’il soit possible de le réaliser avec une scie égoïne je vous conseille si vous n’êtes pas un bon bricoleur d’aller rendre visite à l’ébéniste le plus proche. Contrôlez bien une fois la découpe réalisée que les deux axes tracés précédemment et les deux dos des branches soient proprement alignés.

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Dans la littérature anglo-saxonne trois types d’assemblages des branches sont décrits. La réalisation de ces assemblages n’est pas simple et doit être soignée afin d’assurer une bonne solidité du longbow.

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Dans cet assemblage les deux branches seront alignées, c’est à dire que le dos de l’arc sera plat.

Si vous êtes un expert en assemblage vous pouvez prévoir de donner une légère précontrainte à votre arc en créant un léger angle entre vos deux branches. Le dos deviendra alors concave au lieu de plat.

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Dans cet assemblage, les deux branches seront alignées suivant un léger angle, c’est à dire que le dos de l’arc sera légèrement concave.

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Une fois la découpe réalisée, collez les deux branches ensemble avec une colle moderne de type ‘’Araldite’’ puis à l’aide de serre-joints immobilisez le tout sous pression. Certains fabricants renforcent leurs assemblages par deux chevilles comme dans le schéma suivant. Il est préférable d’utiliser des chevilles taillées dans le même bois que votre arc. Si vous chevillez, attention à la position, pensez que les chevilles doivent se retrouver au milieu de l’épaisseur de la poignée une fois l’arc fini et non au milieu des chevrons. Laissez prendre votre collage pendant une nuit complète dans un local pas trop froid. Le lendemain éliminez les surplus de colle à l’aide d’un grattoir ou d’un couteau et arasez les chevilles.

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L’assemblage des deux branches sera renforcé par deux petites chevilles de bois de même essence. Pensez à bien positionner les chevilles qui seront centrées dans la poignée finie de l’arc et non pas centrées dans le chevron.

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Assemblage des deux branches en frêne renforcé par deux petites chevilles de bois. Réalisation et photo : Emmanuel Martin.

Pour un chevron d’un seul tenant tracez sur le dos du chevron l’axe longitudinal de l’arc. Maintenant que vous utilisiez un chevron en une partie ou en deux assemblées le travail sera le même. Tracez le contour final de l’arc suivant le plan du modèle que vous avez choisi (voir chapitre : Les différents types d’arc). Il est temps de définir le haut et le bas de votre arc et de tracer le milieu de l’arc dans le sens de la hauteur.

Si vous avez regardé attentivement les plans vous avez du vous rendre compte que les arcs peuvent d’être soit à branches symétriques soit à branches asymétriques. Personnellement et comme la plus part des facteurs d’arc je construis mes longbows à branches asymétriques et mes flatbows à branches symétriques. Pour ces arcs asymétriques le centre géométrique de l’arc dans le sens de la hauteur, c’est à dire le milieu de la distance entre les deux poupées, ne correspond pas au centre de la poignée de l’arc. La flèche par contre et pour tous types d’arcs simples passera un pouce au-dessus du centre géométrique. Sur un arc asymétrique si vous avez une poignée de quatre pouces de long, un pouce de celle-ci sera en dessus du milieu géométrique et trois pouces en dessous. La branche inférieure de l’arc sera donc plus courte que la branche supérieure. Ceci est particulièrement fréquent pour les longbows.

Si votre arc est en deux parties assemblées vous centrerez le raccord sous la poignée afin de le rendre invisible sous une poignée en cuir lors de la finition. Branches symétriques ou asymétriques seront de toute façon équilibrées lors du tillering en fonction du point d’appui de la main tenant l’arc et de la position de la main sur la corde. Tout ceci doit vous sembler compliqué donc un petit schéma est mieux qu’un grand discours.

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Le centre de l’arc se trouve au milieu de la distance entre les gorges des poupées retenant la corde. Le passage de la flèche sera un pouce en dessus de celui-ci. Le longbow ci-dessus et à branches asymétriques alors que le flatbow en dessous est à branches symétriques.

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Les longbows anglais sont ambidextres et les flatbows de droitier et de gaucher ne présentent qu’une petite différence de finition, le repose flèche qui du reste n’est pas indispensable. Une fois le traçage complet réalisé, enlevez le bois en dehors du tracé. A cette étape on conservera l’épaisseur de l’arc, on se contentera d’éliminer le bois sur les côtés de l’arc. Le rabot est l’outil type pour cette phase. Si l’épaisseur de votre chevron qui sera bientôt l’épaisseur de l’arc est, de trop, supérieure à celle de la poignée n’hésitez pas à éliminer ceci facilitera votre travail sur les champs. Ne cherchez pas à finir les champs de l’arc et à casser les angles, cette finition sera pour plus tard. En laissant une légère couche de bois sur les champs de l’arc vous gardez plus de chance pour des corrections futures. Vous pouvez maintenant mettre à longueur cette ébauche. Coupez au minimum un pouce après les coches de chaque poupée. Si vous voulez par exemple un arc de 68 pouces votre arc hors tout fera un minimum de 70 pouces.

Votre ébauche ressemble déjà beaucoup plus à un arc. Tracez l’épaisseur de l’arc maintenant. Ce traçage n’est pas simple car sur le papier tout est droit mais sur votre chevron il y a les nœuds, les déformations. Ce traçage pour un longbow consiste à tracer une ligne oblique par rapport à une ligne droite. Malheureusement la ligne du dos de l’arc n’est pas une ligne droite ou si elle l’est, vous avez dans vos mains une pièce de bois exceptionnelle. Pour ce traçage vous allez être obligé de marquer l’épaisseur à différents points des branches. Le nombre de points dépendra surtout de la rectitude de votre chevron. Réalisez ce traçage sur les deux champs de l’arc. Pour les flatbows c’est relativement plus facile car le dos et le ventre des branches seront pratiquement parallèles.

Eliminez tout le bois en dehors du tracé en commençant par la poignée. Les branches d’un longbow sont bien plus faciles à réaliser que celles d’un flatbow car de la poignée à la pointe de la poupée la surface est plane et donc quelques passages de rabot et le travail est fini. Pour un flatbow la partie entre la poignée et la branche, étant concave, sera réalisée à l’aide d’une râpe ou d’une plane et de papier de verre. Il est vrai que pour cette étape une ponceuse à bande électrique est l’outil rêvé et évite pas mal de sueur. Finissez maintenant les champs des branches en enlevant la sur épaisseur que vous aviez laissée précédemment. Une fois ce travail fini vous avez une bonne ébauche et si vous avez respecté l’un des plans donnés et suivant votre sélection de bois, vous vous retrouvez avec l’ébauche d’un arc d’une force de cinquante à cent livres.

Vous allez avoir à vous servir d’un peson en livre (pound en anglais). Si vous n’en avez pas et si vous avez un pèse-personne ne courez pas en acheter un. Préparez juste un chevron ou un manche à balai d’environ un mètre de long, un trait de scie à une extrémité de deux à trois millimètres de large puis à partir du fond de cette gorge tracez un repère tous les pouces entre dix et trente pouces. L’utilisation de ce système de pesage est des plus simple. Posez votre pèse-personne au sol, la barre préparée sera positionnée debout au centre du plateau, la partie précédemment taillée en haut. Placez le centre de la corde dans l’encoche de votre barre et des deux mains sur l’arc amenez la poignée, en poussant vers le bas, au repère sur la barre de l’allonge désirée. Une fois l’allonge atteinte le poids est indiqué sur la balance. Ici encore un schéma est bien plus efficace que ces quelques lignes. Attention il arrive que la barre ripe de la balance, appuyez bien dans l’axe ou fixez la barre sur le plateau.

Si vous utilisez un pèse-personne il sera vraisemblablement en kilogrammes donc vous serez obligé de faire des tas de conversions kilogrammes / livres. Vous trouverez en fin de livre deux tables de conversion une de kilogrammes en livres et l’autre de livres en kilogrammes. Ces tables vous éviteront bien des règles de trois.

Une simple barre de bois et un pèse-personne vous permettront de remplacer un peson. La corde calée au sommet de la barre, amenez le corps de l’arc à l’allonge désirée. La force de l’arc à l’allonge est inscrite sur la balance.

Maintenant vous allez travailler sur le ventre de l’arc afin d’abaisser sa puissance au plus près de vos désirs. Pour dégrossir ce travail je vous déconseille la réalisation immédiate des encoches dans les branches. Réalisez simplement à l’aide de fil de fer deux petits supports ou deux petites poches de cuir à la manière des fausses cordes pour longbow, permettant de fixer une corde. Ce substitut d’encoche est très simple à réaliser et permet une première approche sans détérioration du bois de l’arc.

Montez ces attaches sur les poupées de l’arc et attachez solidement un cordon entre elles. Choisissez un cordon tressé résistant et pas élastique. Pour ma part j’utilise une sangle plate. Le cordon ne doit pas tendre l’arc, il suit donc le corps de l’arc. Ne tendez surtout pas complètement votre arc car à cette étape l’arc est bien trop puissant et vous avez toutes les chances de le détériorer voire de le briser si vous l’armez trop. Par contre vous pouvez vous rendre compte de sa force en le tendant sur votre balance. Lorsque l’arc sera fini la distance entre la corde arc bandé et l’intérieur de la poignée sera d’environ 6 pouces. Donc si vous tirez maintenant votre cordon à une douzaine de pouces du ventre de l’arc, cet effort correspond à une tension d’environ 6 pouces sur l’arc possédant sa corde définitive. Seule l’expérience vous permettra d’évaluer la force de l’arc fini en fonction de la force que vous venez de mesurer, alors prenez des notes et engrangez votre expérience. A cette étape cherchez simplement à descendre la puissance de l’arc à une dizaine de livres en dessus de celle désirée pour un flatbow et à une quinzaine de plus pour un longbow. Cherchez aussi une bonne symétrie géométrique des deux branches. Attention n’armez toujours pas votre arc à pleine allonge c’est encore bien trop tôt.

Vous trouverez en page suivante, à titre indicatif, afin de vous aider, les tables poids/allonge de deux de mes arcs finis.

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Courbe Poids/Allonge d’un flatbow de 69 pouces en frêne d’une puissance de 42 livres à 28 pouces d’allonge.

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Courbe Poids/Allonge d’un longbow de style anglais de 70 pouces en Hickory d’une puissance de 55 livres à 28 pouces d’allonge.

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A partir de ce moment là j’ai pour ma part vraiment la sensation que l’arc est né. Si vous réalisez un longbow c’est le moment de lui donner la fameuse forme en D. A l’aide d’une plane ou d’un rabot commencez à réaliser des chanfreins, puis faites évoluer la forme vers un D. Vous allez maintenant devoir tailler les coches dans les branches afin de pouvoir bander votre arc pour la première fois. Bander, veut simplement dire monter la corde sur l’arc, alors qu’armer veut dire mettre l’arc en position de tir à pleine allonge. A l’aide d’un couteau ou d’une petite lime queue de rat il vous faut réaliser les coches des poupées. Coche est le nom donné aux entailles permettant de maintenir la corde à l’extrémité des branches. Si vous voulez réaliser des poupées en corne comme les longbows traditionnels anglais ne creusez pas trop les coches car elles serviront seulement momentanément, lors du tillering.

Une fois les coches réalisés et avant de bander l’arc, passez un petit coup de papier de verre fin sur toutes les surfaces de l’arc. Ce passage au papier de verre a pour but l’élimination de toutes les arrêtes vives et de tous les petits défauts de surface avant de passer à la phase la plus délicate : le tillering.

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Les coches qui servent à retenir la corde sont réalisées à 45°. C’est l’emplacement de ces encoches qui détermine la longueur en pouce de votre arc.

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Exemples de différentes poupées sur mes arcs.

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L’équilibrage des branches

Lors de cette étape vous allez devoir bander votre arc avec la corde définitive. La première solution est d’aller rendre visite à votre marchand d’arcs favori et lui demander une corde tressée pour longbow à la longueur de votre arc et à sa force à votre allonge. Par exemple demandez une corde tressée de 70 pouces et 55 livres. La force de l’arc déterminera le nombre de brins dont la corde sera faite. Pour la longueur mesurez sur le dos de l’arc la distance entre les coches des poupées. Si vous voulez réaliser votre corde vous-même, ce qui est relativement simple, vous trouverez chez votre marchand le Dacron pour celle-ci. Les méthodes de réalisation sont très bien décrites dans de nombreux ouvrages comme : Le monde de la Chasse à l’Arc’ de Daniel Chaste et Frédéric Chaptal. Les puristes doivent être choqués, car ils utilisent uniquement des fibres naturelles ; végétales tel que lin et chanvre ou animales comme les tendons, soies, peaux ou crins et autres … Avant de bander votre arc assurez-vous que le dos de votre arc ne présente pas de défaut, pas de petites entailles, si c’est le cas poncez le bien afin d’obtenir une surface parfaite à l’aide de papier de verre d’un grain de 400. Attention de ne pas percer un cerne, sinon c’est reparti pour un tour.

Lorsque vous montez votre corde vous devrez régler le band de votre arc. Pour le band de l’arc il y a deux écoles. La méthode anglaise qui définie le band de l’arc comme étant la distance entre le dos de l’arc à la poignée et la corde et ma méthode américaine qui mesure le band de l’arc entre le ventre de l’arc à la poignée et la corde. Ce réglage s’effectue en torsadant plus ou moins la corde. Le band est fonction de la hauteur de l’arc.

Suivant la méthode américaine qui est la plus couramment utilisée :

ü       Un band de 5 ¾ pouces pour un arc de 66 pouces.

ü       Un band de 6 pouces pour les arcs de 68 à 70 pouces.

ü       Un band de 6 ¼ pouces pour les arcs de 72 pouces.

Ajoutez en gros un pouce à ces bands si vous utilisez la mesure à l’anglaise.

Pour l’équilibrage des branches vous pouvez utiliser soit la barre de tillering telle que précédemment décrite dans le chapitre ‘Les outils’ ou si vous avez un peu de place dans votre atelier, réalisez un tableau de tillering. Ce tableau permet d’avoir une vision de l’arc armé à différentes allonges à une distance parfaite de quelques mètres. Pour réaliser cet outil fixez un panneau de bois sur lequel vous aurez auparavant quadrillé. En haut et au centre de ce tableau vous placerez une équerre qui aura pour but de maintenir la poignée de l’arc. En dessous du tableau et au centre vous placerez une poulie qui aura pour rôle de renvoyer vers vous la cordelette qui sera fixée à la corde de l’arc. En tirant sur le cordon vous pourrez donc voir fléchir les branches de votre arc à diverses allonges.

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Cet outil simple à réaliser est un plus pour réaliser un bon équilibrage des branches. Un panneau quadrillé fixé au mur sur lequel on fixe une équerre afin de maintenir la poignée de l’arc. Un anneau fixé au mur permet à l’aide d’une corde de visualiser la symétrie des branches à une distance idéale.

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Maintenant à l’aide de la barre de tillering ou de votre tableau armez le à 15 pouces et observez la courbure des branches. La barre de tillering ou l’équerre et le cordon de votre tableau de tillering doivent être placés au centre de l’arc et le milieu de la corde. Le plus simple si vous utilisez une barre de tillering est de poser l’ensemble, arc et barre, à plat sur une grande feuille de papier quadrillé. Dans cette position alignez la barre parallèlement à une verticale de votre quadrillage, et vous verrez immédiatement les défauts.

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En posant l’ensemble barre de tillering arc sur une feuille quadrillée, vous pourrez visuellement contrôler la forme de votre arc et réaliser des mesures de comparaison des deux branches. La côte a devra et égale à la côte a’ et de même pour la côte b et b’.

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Si vous avez suivi l’un des plans donnés, votre arc devrait avoir une belle courbe bien pleine. Si ce n’est pas le cas le schéma suivant vous montrera les trois profiles types que vous pouvez obtenir.

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L’arc A montre une bonne flexion des branches. L’arc B fléchit trop à la poignée. L’arc C a les bouts des branches trop souples.

Si votre arc ressemble à l’arc A c’est gagné. S’il se rapproche du profile de l’arc B ou C vous allez être obligé de corriger ces défauts en enlevant du bois sur le ventre des branches de l’arc B ou en amincissant la base des branches de l’arc C. Dans ces deux cas votre arc va perdre une bonne partie de sa puissance. Il est quand même plus facile et moins coûteux en puissance de corriger le défaut de l’arc C. Si votre arc perd trop de puissance durant un tillering laborieux, la seule solution pour remonter en puissance est de raccourcir les branches en taillant de nouvelles coches.

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Contrôle de courbure d’un arc. Réalisation et photo :

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Mis à part ces gros défauts il est plus que probable que vos deux branches n’aient pas la même courbure. Vous pouvez rencontrer deux problèmes. Le premier est une différence de puissance des branches. C’est-à-dire qu’une branche plie plus que l’autre, dans ce cas avec une plane ou un grattoir enlevez doucement du bois sur le ventre de la branche qui est la plus rigide. Pour contrôler l’efficacité de votre travail, armez et relâchez plusieurs fois de suite votre arc avant de refaire une nouvelle mesure. Allez doucement car sans cela vous allez devoir gratter une branche puis l’autre et vous obtiendrez un arc de très faible puissance. Ne dépassez pas une allonge de 20 pouces. Le deuxième problème qui peut vous arriver vient d’une non-homogénéité du bois lui-même. Ce problème provoque une raideur ou une souplesse excessive d’une partie d’une branche. Pour une raideur pas de problème corrigez en enlevant du bois côté ventre afin de corriger ce défaut. Une souplesse est plus gênante car vous devrez corriger en enlevant du bois sur tout le ventre de vos branches excepté à l’endroit de cette faiblesse. Vous risquez donc de faire trop baisser la force de votre arc. De toute façon allez doucement, débandez votre arc souvent et pensez bien à le tendre et détendre plusieurs fois entre chaque grattage sans toutefois dépasser les 20 pouces d’allonge. Une fois que vous avez obtenu une bonne symétrie des branches à 20 pouces répétez l’opération à quatre pouces en dessous de votre allonge réelle, soit à 24 pouces si votre allonge est de 28 pouces. Cette phase du tillering se réalise corde montée sur l’arc et uniquement à l’aide d’un grattoir ou d’un couteau de chasse. Pensez bien à toujours armer l’arc plusieurs fois entre chaque contrôle. Il est normal qu’après cette opération votre arc ne soit plus parfaitement droit une fois la corde démontée. Il aura ce qu’on appelle du suivi de corde. C’est-à-dire qu’une fois débandé l’arc conservera une légère courbure. Le suivi de corde dépend de l’essence du bois choisi, de la force de votre arc et de sa longueur. Il est normal d’avoir entre 1 et 2 pouces de suivi de corde. Si vous avez plus c’est soit que votre bois était trop vert, soit que l’arc est trop puissant et que vous avez dépassé la résistance mécanique du bois. Un arc fonctionne très bien avec un peu de suivi de corde. Si vous avez dépassé la résistance mécanique du bois vous allez avoir un arc de moins en moins nerveux et de moins en moins puissant. Vous aurez donc fabriqué un arc décoratif ou du petit bois pour allumer le feu. Il m’est arrivé de construire un arc en frêne dont l’ébauche avant le tillering laissait prévoir un arc de 60 livres à 28 pouces et qui durant le tillering est tombé à moins de 30 livres avec un suivi de corde de plus de 3 pouces. Ceci s’appelle un échec et il n’y a pas de solution pour revenir en arrière. Passer plusieurs heures à espérer voir naître un arc et devoir se contenter d’un peu d’expérience n’est pas chose facile.

Maintenant votre arc est pratiquement fini et avant de passer à la phase de finition il est possible de rectifier sa forme et ses imperfections géométriques. La correction d’une branche un peu vrillée, la modification de la forme générale de l’arc en lui donnant un peu de réflexe, tout ceci est possible. Là encore il existe plusieurs techniques, toutes utilisent la chaleur. En chauffant le bois il est possible de modeler sa forme comme le faisaient les fabricants de ski en frêne pour relever la spatule. Les skis étaient réalisés plats dans un premier temps puis les spatules étaient mises en forme par la suite. Les fabricants de skis trempaient le plus souvent la spatule des skis dans de l’eau bouillante pendant environ un quart d’heure puis à l’aide de serre-joints les fixaient contre une forme. Lorsque le bois avait séché et retrouvé la température ambiante les serre-joints étaient démontés. Cette méthode peut être appliquée à l’arc mais le problème est de trouver un récipient permettant de tremper au moins la moitié de l’arc. Si vous chauffez l’une des branches de l’arc, peu importe la technique utilisée, il faut toujours appliquer le même traitement à l’autre même si vous n’en avez qu’une seule à corriger.

Une autre méthode est celle de la vapeur d’eau. L’utilisation de cette solution donne de meilleurs résultats si l’arc entier est dans la vapeur d’eau pendant trente minutes à une heure. Il vous faut donc réaliser un petit montage qui peut être par exemple une boîte couverte contenant l’arc à plat dans laquelle vous introduirez deux ou trois sources de vapeur. Une autre solution est d’utiliser quelques morceaux de tuyau de poêle placés à l’horizontal et reliés à une extrémité par un coude à la source de vapeur.

La troisième technique est celle du chauffage direct à la flamme ou par l’intermédiaire, comme le faisait Ishi (Voir bibliographie), d’une pierre chaude. Le chauffage direct demande plus d’expérience car le contrôle de température n’est pas des plus simples et les brûlures du bois arrivent plus vite que prévu. L’avantage du chauffage direct est sans aucun doute sa rapidité. N’oubliez pas de vous munir de protections et de tester à froid les gestes que vous allez devoir réaliser à chaud. Votre arc aura atteint une température avoisinant les cents degrés et aucune main ne peut supporter cette chaleur. Pour moi et comme la plus part d’entre vous 60 degrés est la limite après laquelle je ne peux plus tenir durablement un objet en main.

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Voici deux schémas de boîte à vapeur. Celle du haut sera réalisée en contre-plaqué ou autre, sous les deux trous ‘’Entrées de vapeur d’eau’’ vous placerez deux casseroles d’eau sur deux réchauds. Quelques petits trous sur le dessus permettront la circulation de la vapeur. Pour la solution du bas le tuyau de sortie de vapeur sera obstrué en laissant juste de légères fuites pour la circulation de la vapeur. Dans les deux cas l’arc sera posé à l’horizontal sur des petites cales en bois.

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Si vous avez chauffé votre arc, avant de passer à la finition, contrôlez encore une fois l’équilibrage des branches et effectuez les corrections si besoin.

Si vous êtes un archer averti vous devez revenir sur le tillering afin de le parfaire en fonction de votre prise de corde. Dans ce cas vous pourrez fignoler votre tiller en plaçant la barre de tillering entre l’emplacement de votre majeur sur la corde et le centre de l’arc, qui sera un pouce en dessous du passage de flèche.

La finition

Cette étape commence par la finition des coches. Il va falloir vous assurer que les coches réalisées sont assez larges pour permettre aux boucles de la corde de ne pas plier trop quand vous armerez votre arc. Les coches trop étroites cisaillent les cordes aux boucles. N’oubliez pas vous n’avez toujours pas armé votre arc à pleine allonge. Après cela un polissage méticuleux de toute la surface de l’arc s’impose. J’utilise des papiers de verre de plus en plus fins jusqu'au papier de 400. Quand la surface semble parfaite, Je passe au pinceau une fine couche d’eau sur toute la surface du bois. Cette opération a pour but de faire relever les fibres. Si vous voulez teinter le bois avec un colorant à l’eau vous pouvez le faire à cette occasion en additionnant un peu de pigments pour bois à votre eau. Une teinte un peu foncée fait ressortir les veines des bois blancs comme le frêne. Après séchage je repasse le papier de verre de 400 puis j’utilise la paille de fer très fine pour donner un poli encore plus parfait. Une fois ce polissage fini j’utilise soit de l’huile de lin, soit des produits hydrofuges que vous trouverez dans tous les magasins de bricolage. Il ne me semble pas concevable de passer un vernis sur un arc simple, ce serait comme le mettre dans une vitrine. Un arc en bois est fait pour vivre, pour évoluer et se patiner avec le temps.

L’huile de lin convient très bien aux arcs simples et conserve au bois sa beauté naturelle. L’huile de lin pénètre très lentement dans le bois donc n’hésitez pas à passer plusieurs couches à plusieurs jours d’intervalle. Avant de passer une nouvelle couche j’essuie les résidus de la précédente à l’aide d’un chiffon doux. Quand le bois n’absorbe plus l’huile, je le laisse deux ou trois jours à température ambiante en essuyant les surplus d’huile. Concernant les produits modernes et hydrofuges qui présentent une bonne alternative de protection longue durée à l’huile de lin, je passe une couche grossière au pinceau sur tout l’arc et j’essuie aussitôt à l’aide un chiffon doux et absorbant en coton, puis, je laisse sécher une nuit. Avant de repasser une autre couche je repasse une laine d’acier très fine. Deux ou trois couches suffisent à obtenir une bonne protection et un état de surface très agréable respectant le bois. La qualité de ce fini s’entretient en passant régulièrement une bonne cire.

Pour les longbows il ne reste plus qu’à mettre une poignée en cuir, passer une couche de cire et l’arc est fini. Afin d’éviter que le cuir ne glisse à l’usage sur la poignée de l’arc je place en dessous un morceau d’adhésif double-face. Pour les flatbows il reste à réaliser un optionnel repose flèche en bois ou en cuir. Un repose flèche en cuir aura la même forme que celui en bois (voir schéma en page suivante). Il sera réalisé en contre collant plusieurs couches de cuir. Cette petite pièce permettra à vos flèches d’être toujours positionnées exactement au même endroit sur la poignée de l’arc. Personnellement je colle le repose flèches sur l’arc avant de recouvrir la poignée avec un cuir. La poignée en cuir peut être soit collée soit cousue sur le dos de l’arc. Les Anglais quant à eux enroulent souvent autour de la poignée une bande de cuir d’un petit pouce de large en hélice. Tout est possible en finition et le goût de chacun permettra de mettre en évidence vos talents artistiques. Les amoureux des arcs des indiens d’Amérique pourront réaliser des peintures en couleurs sur le dos de l’arc ou encore le recouvrir d’une peau de serpent. La peau de serpent n’a aucun rôle mécanique, son seul but mis à part esthétique est de protéger le bois de l’humidité. Cette protection naturelle est utile pour les flatbows donc le dos est recouvert de tendons. Les tendons, collés à l’aide de colle de peau, ont la fâcheuse tendance à s’étirer et se décoller par temps humide.

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Un petit repose flèche en bois ou en cuir collé est souvent fixé sur les poignées des flatbows. Son but est d’améliorer la position de la flèche sur l’arc. Pour les longbows anglais la flèche repose directement sur la main tenant l’arc.

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Maintenant réalisez votre repère sur la corde afin d’avoir un détalonnage de flèche de quatre à six millimètres. La flèche sur un arc bandé est encochée sur la corde, non pas suivant un angle de 90° mais quelques millimètres plus haut. Ce sont ces millimètres que l’on appelle le détalonnage. Maintenant votre arc est prêt allez l’essayer à pleine allonge avec des flèches adaptées. Pour les non-archer, ne tirez jamais à vide, c’est-à-dire sans flèche car l’arc aurait de grande chance de se briser. Pour tous, ne laissez pas votre arc simple bandé lorsque vous ne l'utilisez plus et ne le laissez jamais bandé en plein soleil

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Exemples de poignées réalisées en cuir, soit collé soit cousu.

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La fiche d’arc

Je remplis pour chaque arc que je finis une fiche descriptive incluant la date de fabrication, le bois utilisé, ses dimensions, sa courbe poids/allonge, son band, son suivi de corde, … Ce document est l’image de l’arc quand il tire sa première flèche. Le but de cette fiche est premièrement de suivre l’évolution de l’arc en refaisant les mêmes mesures plus tard. L’ensemble de ces fiches constitue aussi de très intéressantes références pour acquérir de l'expérience. Au dos de la fiche, je dessine l’arc en notant ses dimensions et toutes autres informations pouvant m’être utiles par la suite. Ces notes décrivent par exemple la date et le lieu de coupe de l’arbre, combien de temps le bois a séché. Vous trouverez en page suivante l’exemple de ma fiche. A l’aide de ces fiches vous pourrez, par exemple, étudier le suivi de corde de vos arcs en fonction du temps de séchage du bois. Même si vous ne voulez pas construire plusieurs arcs ces notes vous permettront de savoir si votre arc perd de la puissance en vieillissant.

Si votre arc prend trop de suivi de corde tout en perdant de la puissance vous pourrez le considérer comme proche de sa fin. Il sera donc plus sage de le laisser comme souvenir accroché au mur car son bois a dépassé ses limites d’élasticité et ne retrouvera jamais ses performances premières. Tout comme quand j’étais enfant et que seul les premières pages de mes cahiers étaient propres, il m’est difficile maintenant de tenir ces fiches à jour. Quoi qu’il en soit, je pense que c’est une bonne méthode, bravo si vous y arrivez.

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